Gérard Roubichou

 

Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement

 

 

 

 

 

 

Une concession à perpétuité ?

 

 

L’affaire du Mur pour la Paix 2000 

(1999-2008)

 

 

© Gérard Roubichou - Tous droits réservés. 2008

Avant-propos

 

 

Le présent ouvrage ne manquera pas de soulever chez certains des protagonistes – je pense notamment à l’artiste et à son entourage immédiat - des protestations, voire une contestation de la méthode et des arguments auxquels a recours son auteur. Et pourtant ce travail ne fait que s’appuyer sur des données factuelles et rendues publiques à différentes étapes de la période. Mais il sera certainement ressenti par d’autres - principalement les associations du 7ème arrondissement et de très nombreux riverains du Champ de Mars et Parisiens - comme l’expression de leur réprobation et même de leur colère envers la manière dont a été érigé et maintenu en violation de tous les règlements et codes en vigueur sur le Champ de Mars, dans l’axe historique Ecole militaire-Trocadéro, un monument intitulé « Le Mur pour la Paix 2000 ».

 

En effet, depuis près de huit ans, celui-ci est au centre d’une véritable polémique pour le déloger de son emplacement actuel à partir d’un débat qui ne porte ni sur son esthétique ni sur sa symbolique, mais uniquement sur l’illégalité de son implantation et les conséquences perverses de son maintien. Plusieurs associations et, en tout premier lieu, le Comité d’Aménagement du VIIè Arrondissement, les Amis du Champ de Mars et SOS Paris, n’ont cessé d’interpeller les diverses autorités en charge de ce dossier – tant au niveau de la Ville de Paris que de l’Etat. Rien, jusqu’à ce jour, n’en est sorti, sinon un renvoi permanent des responsabilités des uns vers les autres, chacun se refusant délibérément à faire pression sur les propriétaires privés de ce monument privé installé sur un lieu public. Et quel lieu public !

 

Cette « longévité » n’est pas le fruit du hasard ni même la conséquence d’une volonté d’imposer un monument qui aurait été intouchable et surtout inamovible pour des raisons que les pouvoirs publics ne désireraient pas faire connaître. C’est bien là le pire, pourrait-on dire ! Car tant son installation en 2000 que sa présence continue jusqu’à aujourd’hui résultent d’abord de considérations et d’interventions personnelles, de faveurs « princières » (comme il y en a parfois dans la République) et ensuite de dérobades des autorités en charge du dossier – Etat et Ville de Paris - qui se sont traduites par une incapacité constante à exiger le déplacement de ce monument illégal, c’est-à-dire à appliquer, avec toutes leurs conséquences, les lois et règlements en vigueur sur le Champ de Mars qui n’ont cessé d’être contournés et violés dans le silence ou avec la complicité souvent bienveillante, mais tacite, des pouvoirs publics.

 

L’entregent de l’artiste, Clara Halter, et de son mari, l’écrivain Marek Halter, celui des membres de l’association propriétaire du monument que Pierre Bergé présida de 1999 jusqu’en 2003, date de sa mise sous administration provisoire qui, semble-t-il, dure encore, puis celui des responsables de la seconde association créée aussitôt pour succéder à la précédente et, elle aussi, toujours existante, leur ont permis de jouer des majorités politiques ou des alternances successives (Jacques Chirac, Jean Tibéri, Bertrand Delanoë). Aussi « leur » monument – à leurs yeux, du moins - n’a-t-il plus aucun avenir, au bout de huit ans de compromissions et de complaisances, que de devoir être pris en charge ou par l’Etat (ministère de la Culture) ou par l’Hôtel de Ville ou même par les deux – c’est-à-dire par les impôts des contribuables, alors qu’il resterait la propriété de ses auteurs ! C’est, selon la presse et d’autres sources d’information dont il est fait état dans ce livre, ce qui se préparerait actuellement, même si c’est toujours à titre « provisoire » (deux ans), mais un « provisoire »  néanmoins plus ou moins « régularisé » ! A un certain moment de la période, l’artiste, son époux et leurs comparses ont même tenté, dans un élan qui voulait paraître généreux, de « faire cadeau » (pour le « pérenniser » – car tel est leur vœu le plus cher depuis le début)  de « leur » monument à l’Etat ou à la Ville de Paris – à charge pour le bénéficiaire d’en assumer tous les coûts, notamment l’entretien qui n’a jamais été exactement estimé, mais toujours considéré comme très élevé.

 

Car, depuis son installation, le monument n’a été ni  sérieusement ni régulièrement entretenu au point qu’il était devenu, fin 2006 et, à nouveau, en avril 2008, un véritable danger pour le public qui le fréquente. De récentes déclarations dans la presse (avril 2008) ont laissé entendre que le ministère de la Culture et de la Communication et la Ville de Paris envisageraient de participer, pendant deux ans, aux charges d’entretien « dans un cadre juridique » taillé sur mesure, ce qui irait à l’encontre de toutes les positions affichées jusque là par ces mêmes autorités et constituerait la légalisation pure et simple d’une perpétuelle infraction pour des motifs qui restent obscurs - sans parler de l’incertitude que laisse planer sur l’éventuel départ du Mur pour la Paix hors du Champ de Mars le « sursis » qu’on lui accorderait. Des courriers du ministère de la Culture et de la Communication et de la Mairie de Paris viennent, dans les tout derniers mois, de démontrer que le Mur pour la Paix risque d’avoir encore de beaux jours devant lui… sur le Champ de Mars !

 

A quoi bon polémiquer ? Certains lecteurs de bonne foi ne manqueront pas d’objecter que des milliers de visiteurs entrent ou sont entrés dans ce monument  pour y laisser des messages de paix dans des ordinateurs placés à cet effet. Preuve de son « utilité » en ces temps troublés! Et puis, un Mur pour la Paix sur le Champ de Mars, quel beau symbole ! Ces arguments de nature symbolique et idéologique paraissent imparables, surtout si on considère l’affaire hors de tout contexte. Or c’est précisément le contexte particulier qui a conduit où nous en sommes aujourd’hui, à une situation qui « semble inextricable »[1], que le présent ouvrage tente de décrire – sans acrimonie ni virulence, mais avec méthode et avec le sentiment que ce monument bénéficie d’une impunité en contradiction avec les règles applicables à tous, et surtout sur le Champ de Mars.

 

La démonstration s’appuie sur des correspondances, des articles, des déclarations publiques qui affirment tout et le contraire de tout ou qui laissent à penser, sans le dire, que l’oeuvre a un « statut » mystérieux ou secret. La répétition lassante des mêmes arguments, les évolutions apparentes, puis les rétractations, des conduites souvent incompréhensibles de la part d’interlocuteurs de haut niveau semblent viser à créer, dans une confusion que l’on imagine volontaire, un brouillard persistant destiné à décourager. Mais c’était sous-estimer la détermination des associations locales engagées dans ce dossier qui n’ont eu de cesse de poser les mêmes questions aux mêmes autorités. Ce livre montre combien l’accumulation sur la durée de contradictions et de contrevérités peut, en fin de compte, permettre de voir un peu plus clair dans les incohérences de cette ténébreuse et marécageuse affaire.

 

Et tout cela nous ramène à une question clé : Y aurait-il  une « exception légale » en faveur de ce « Mur pour la Paix 2000 » ? Et au nom de quoi ? Serait-ce parce qu’il est ce que l’on désigne dans des correspondances officielles un « sujet sensible » ? Mais qu’entend-on par là ? Serait-il finalement destiné à devenir, de ce fait, « une concession à perpétuité » au terme de perpétuelles concessions ?  

 

Paris, septembre-octobre 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1

1999-2000 : Les mystères de l’installation

 

 

En 2000, l’artiste, Clara Halter qualifiait son œuvre d’« installation monumentale[2] » Et à juste titre. Qu’on en juge par quelques données : haut de 9 mètres, long de 16,40 mètres et large de 13,80 mètres. L’ensemble, selon l’écrivain Marek Halter, son époux, pèserait 52 tonnes[3] !

 

Le descriptif technique accessible sur Internet souligne que l’ouvrage, « librement inspiré du mur des Lamentations de Jérusalem », se compose de trois parties : deux parois de verre ou d’inox « supports de l’œuvre de Clara Halter sur lesquelles se décline le mot « paix » dans plusieurs langues et alphabets » ; un couloir équipé à l’intérieur de moniteurs vidéos diffusant les messages de paix recueillis via Internet ; dans les parois extérieures du Mur, des interstices permettant au public de déposer des messages. Enfin, trente deux piliers sont répartis autour du Mur. Sur chacun d’eux, le mot « paix » est reproduit dans une langue différente. Ce monument, « froid par son architecture minimaliste, son espace pur, symétrique et transparent[4] », a été « mis en espace » par l’architecte Jean-Michel Wilmotte et installé début 2000 sur le Champ de Mars face à la statue du Maréchal Joffre dans la perspective Ecole militaire-Tour Eiffel-Trocadéro.

 

Toutes les modalités et procédures qui ont présidé à cette installation et ont permis de la concrétiser paraissent tellement mystérieuses qu’on pourrait penser que l’on est en présence d’un « miracle » - une sorte d’opération du Saint Esprit, selon l’expression populaire Aussi un bref  retour en arrière s’impose-t-il.

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Le 25 janvier 1999, au cours d’une séance du Conseil municipal de Paris, Jean Tibéri, alors Maire de Paris, fait une communication sur les célébrations de l’an 2000 et du passage au troisième millénaire. Aucune mention n’est faite d’un quelconque monument sur le Champ de Mars. Dans son intervention, le Préfet de Police rappelle que, dans le cadre de ces célébrations, les initiatives sont de trois sortes : (a) celles qui relèvent de la Mairie de Paris ; (2) celles qui sont préparées par la Mission nationale An 2000[5] ; (3) celles qui sont lancées par différents opérateurs privés. Aucune mention du Mur pour la Paix n’a été faite dans les interventions qui ont suivi ces déclarations et le Champ de Mars ne figure pas au nombre des lieux sélectionnés.

 

Courant 1999, M. et Mme Marek Halter se proposent de construire un « Pavillon Messages pour la Paix » qui sera appelé ensuite « Monument pour la Paix ». Ils  projettent d’abord de l’édifier sur la Place des Droits de l’Homme au Trocadéro précisément à l’occasion des festivités du passage à l’an 2000; puis, comme cette installation comportait de très nombreux et sérieux obstacles techniques, ils envisagent de l’installer sur le Champ de Mars - ce choix étant, à l’évidence, lié à la valeur symbolique du monument sur cet emplacement, considération qui n’a cessé de servir de justification depuis 2000[6].

 

Le 30 juillet 1999 sont enregistrés à la Préfecture de Paris les statuts d’une association (Loi de 1901) appelée (selon l’article 2)  « Le Mur pour la Paix 2000 - par Clara Halter ». L’objet de l’association (article 3) est « la construction et l’édification temporaire d’un monument, oeuvre de Clara HALTER, dénommée ‘Le Mur pour la Paix – 2000 – par CLARA HALTER, mise en espace par M. Jean-Michel WILMOTTE sur le Champ de Mars à Paris 75007 dans le cadre de la ‘Mission Paris 2000’ et destinée à être définitivement installée Place Fontenoye [sic !] à Paris (75007) [7]». Le Président de cette Association est M. Pierre Bergé, Président Directeur Général de la société Yves Saint-Laurent , le Secrétaire Général, M. Serge Weinberg, Président du Directoire du Groupe Pinault-Printemps-Redoute, et le Trésorier, M. Michel Buh, Gérant de la Société Française de Revues. Ils ont un mandat de trois ans. La durée de l’association est illimitée (article 4).

 

En août 1999, une correspondance émanant du Cabinet du Maire de Paris, M. Jean Tibéri, qui « se proposait de répondre favorablement à l’implantation provisoire au plateau Joffre de l’oeuvre de Clara Halter », est adressée à Mme Martine Aurillac, alors Maire du 7ème  arrondissement. Il s’agit de solliciter, selon la procédure habituelle, son avis sur cette installation dans son arrondissement qui est « limitée à trois mois ». Mme Martine Aurillac exprime son entier désaccord.

 

Dans les derniers mois de 1999, en dépit des réserves exprimées par la Maire du 7ème arrondissement, grâce à divers concours financiers et administratifs, le Mur pour la Paix 2000 est néanmoins édifié - de façon provisoire, il est vrai, à ce stade - sur l’emplacement où il se trouve toujours. On constate alors qu’il y a une liste importante de partenaires répartis en cinq catégories : les « Partenaires officiels » - La Poste, Nokia, Athem[8] -, les « Partenaires institutionnels » - Paris 2000, Mission 2000 en France, le ministère de la Défense, la délégation aux arts plastiques (ministère de la Culture et de la Communication), le Conseil régional d’Ile de France. La troisième catégorie est celle des « Fournisseurs officiels » au nombre desquels figurent Ugine S. A (aciers inoxydables pour la structure centrale et tubes en acier au carbone pour les colonnes périphériques), la Fondation EDF (Mise en lumière du Mur), Pinault Bois et Métaux (Plancher du monument), Tubeurop, Gras Savoye, Cibox. Enfin s’y ajoutent des « Partenaires », tels que Astra Zeneca, la FNAC[9], Mont-Blanc, Lanvin, La Fondation Cartier pour l’art contemporain, Lancel, Christofle, la SNE Tour Eiffel et France-Inter. Viennent enfin les « Partenaires Communication », le Groupe J-C. Decaux Communication Extérieure, Alice & 20a, Air France, l’APUR (L’Atelier Parisien d’Urbanisme, relevant de la Mairie de Paris), Dauphin, Marshall Brown Communication,  Metrobus,  Publicis. La liste s’est, semble-t-il, encore allongée depuis.

 

Le 21 février 2000, le service de presse d’une agence de communication, Laurence Phitoussi Communication, recrutée vraisemblablement par l’association présidée par Pierre Bergé distribue, avec une lettre de couverture sur papier à en-tête de l’Association « Le Mur pour la Paix-2000 par Clara Halter », un dossier de presse invitant les destinataires de ce courrier à « l’inauguration officielle du Mur, prévue pour la deuxième quinzaine du mois de mars. » Outre les trois membres du Bureau de l’association déjà cités, on  relève, parmi les personnalités dont le nom figure sur la lettre d’invitation, ceux de MM. Jean-Jacques Aillagon, alors Président du Centre Pompidou et Président de la Mission 2000 en France, Bernard Bled, ancien secrétaire général de la Ville de Paris sous les mandats de Jacques Chirac et Jean Tibéri et, entre 1998 et 2001, Commissaire général de la Mission 2000, Maurice Lévy, Alain Minc et Alain Dominique Perrin[10].

 

Le 2 mars 2000, la Direction des Affaires culturelles de la Mairie de Paris signale à Mme Martine Aurillac qu’elle a été chargée d’instruire une demande d’installation pérenne de ce monument sur la Place de Fontenoy, démarche qui n’est pas innocente, puisqu’elle enclenche la perspective d’une « pérennisation », alors que la période temporaire de trois mois n’est pas venue à terme ! Le projet est soumis à M. Jean-Marc Blanchecotte, Architecte en chef des Bâtiments de France (relevant du ministère de la Culture) consulté chaque fois qu’il s’agit d’une construction dans un site  protégé ou classé. Il émet également un avis défavorable. Rappelons que sur la Place de Fontenoy se dresse un monument à la guerre de 1870 et que l’on ignore où aurait dû être érigé le Mur de la Paix, si le transfert s’était effectué.

 

Finalement le 30 mars 2000 a lieu l’inauguration officielle sur le Champ de Mars de l’actuel monument par le Président de la République, M. Jacques Chirac, accompagné de son successeur à la Mairie de Paris, M. Jean Tibéri. Dans son allocution, le Président de la République déclare, entre autres, « C’est un heureux signe des temps. Le Champ de Mars, dédié jadis à la guerre, à ses héros et à ses chefs, cette grande perspective ouverte par notre Ecole militaire et la statue du maréchal Joffre accueille aujourd’hui ‘Le Mur pour la Paix’.»

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Trois mois plus tard, au moment de l’échéance fixée pour  un éventuel transfert du Mur vers la Place de Fontenoy, tout se complique et se brouille. C’est alors que commence l’affaire du Mur pour la Paix 2000.

 

En effet, les élus du 7ème ainsi que riverains et voisins de la Place de Fontenoy se mobilisent et arrivent à bloquer le projet. Dans le même temps, si l’on se réfère à une déclaration faite un an plus tard au Conseil de Paris, les 11 et 12 juin 2001, par le représentant du Maire, M. Yves Contassot, ce serait « le ministre de l’Education nationale [qui aurait] demandé que cette œuvre soit maintenue à cet emplacement [le Champ de Mars] jusqu’au 10 novembre, journée nationale de la Paix.[11] », ajoutant qu’ « en coordination avec l’association, un nouveau site a été recherché et une implantation pérenne décidée sur la Place Léonard Bernstein à l’entrée du Parc de Bercy. » Mais, nous allons le voir, la situation n’était pas si simple.

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Cette période d’installation permet déjà de soulever, au nom de la transparence, une série de questions autour de ce monument et de son implantation.

 

Les premières concernent les procédures et modalités de l’installation : Qui a été le vrai commanditaire du monument ?[12]  Qui a, en fait, donné l’autorisation de son  installation? Cette autorisation a-t-elle été donnée par écrit ? Et quand ? A-t-on une trace ? Qui a fait le choix de l’emplacement ? Avec l’accord de qui a-t-il été décidé que le monument « temporairement » installé sur le Champ de Mars serait ensuite installé « définitivement » sur la Place de  Fontenoy, comme l’indiquaient les statuts de l’association enregistrés le 30 juillet 1999 par la Préfecture de Paris  ? Quelle entité officielle de l’Etat ou de la Ville de Paris a été l’interlocuteur de l’association dans cette affaire et notamment aux tout débuts ? Qui a choisi et engagé l’entreprise ? Quelle est cette entreprise[13] ? Y a-t-il eu contrat ? Si oui, qui l’a signé ? Qui a donné l’autorisation des travaux ? Y a-t-il eu un devis au préalable? Y a-t-il eu une garantie sur le monument? Un contrat d’entretien ? Une police d’assurance tous risques a-t-elle été souscrite ? Au nom de qui ? Quelle a été la date du début des travaux liés à l’installation du monument ? Leur durée ? Pourquoi n’y a-t-il aucune trace au Commissariat de Police du 7ème des interventions sur le Champ de Mars liées à l’installation du monument ? On a quelque difficulté à imaginer que pareil chantier ait pu passer inaperçu ou se dérouler en quelques heures, y compris nuitamment, à l’insu de tous les responsables concernés…

 

L’autre dimension de l’opération est financière, et ce n’est pas non plus la moindre des causes d’interrogations d’autant qu’une législation existe pour les associations, notamment pour celles qui disposent de « moyens financiers de quelque importance » et reçoivent des fonds publics, ce que pourrait laisser entendre le fait que la Mission An 2000 a été impliquée dans ce projet. Y a-t-il eu un budget prévisionnel pour l’année civile 2000 et un budget exécuté à la fin de l’exercice ? En l’absence de documents relatifs à cette importante opération pour une association de la loi de 1901, comment été assuré le coût du  financement de l’installation ? A combien s’est-il élevé ? Y a-t-il eu un ou des devis ? D’où viennent précisément les fonds ? Combien la Mission An 2000 en France a-t-elle versé ? Combien ont apporté les autres « sources » ? Une Assemblée générale l’a-t-elle décidé ? A quelle date ? Y a-t-il eu un procès-verbal de cette réunion ? Y a-t-il eu des compensations financières versées à l’artiste, à l’architecte, à d’autres intervenants et lesquels ?… Peut-on en connaître le montant respectif ? Qui les a ordonnées ? Puis payées ? Sur quels fonds ? Publics ? Privés ? Ou les deux ? Dans quelles proportions ? Une convention a-t-elle été signée entre l’artiste et  l’association et entre cette dernière et l’Etat pour le versement de fonds publics ? Des provisions budgétaires ont-elles été votées et affectées sur une ligne budgétaire pour permettre à l’association de faire face aux frais de démontage, de transport et de réinstallation de ce monument sur l’emplacement où il aurait été pérennisé – puisque les statuts indiquaient clairement l’éventualité d’un transfert? Sinon pourquoi les administrateurs ont-ils négligé les contraintes que leur fixaient les statuts de leur propre association ? Quant aux membres actifs de l’association définis, selon l’article 9 des Statuts, comme « ceux qui ont pris l’engagement de verser annuellement une somme de cents francs », combien étaient-ils ?

 

Les recherches menées par des membres d’associations intéressées par l’ensemble de ce dossier et son évolution n’ont pas permis de trouver les procès-verbaux des Assemblées générales de l’Association créée en 1999 et encore moins des données budgétaires. Nous y reviendrons.

 

 

 

 

Chapitre 2

2001-2003 : L’impossible transfert

 

A partir de 2001, la question du transfert devient  pressante. En effet, les élus du 7ème arrondissement, les associations et beaucoup d’habitants – dont les riverains - commencent à trouver que cette installation « provisoire » n’en finit pas de durer. En fait, depuis juin 2000, le Mur est tout simplement en situation illégale. Et paradoxalement, tout le monde s’accorde sur ce point, sans que, pour autant, les divers responsables – administrateurs de l’association, Ville de Paris et ministère de la Culture - fassent quoi que ce soit pour mettre fin à ce qui va à l’encontre de tous les règlements et de la législation en vigueur sur le périmètre du Champ de Mars.

 

En outre, le monument n’ayant fait l’objet d’aucune maintenance, - ce qui pouvait paraître tolérable tant qu’il restait une installation provisoire de trois mois, mais non au-delà -, surgissent diverses questions liées à la sécurité, notamment celle des visiteurs. À qui revient l’obligation d’entretenir régulièrement l’œuvre de Clara Halter ou de la nettoyer dans l’éventualité de vandalisme ou de dégradations[14] ? Le maintien du monument sur le Champ de Mars ouvre la voie à une situation de plus en plus « inextricable »[15] que les défaillances des administrateurs de l’association de 1999 propriétaire du Mur (aucune disposition n’a été prise pour l’entretien et les éventuelles réparations) combinées aux dérobades des autorités municipales (Ville de Paris) et nationales (Ministère de la Culture et de la Communication) qui n’exigent pas le départ du monument ne vont cesser de progressivement compliquer.

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C’est au Conseil de Paris que se déclenchent les premières salves. Ainsi, lors de la séance des 11 et 12 juin 2001, Madame Claire de Clermont-Tonnerre, Conseiller de Paris, interroge le représentant du Maire de Paris, M. Yves Contassot : « 1. A quelle autorité il appartient de veiller au bon entretien du « Mur de la Paix » ? 2. Quel crédit il convient de porter aux informations selon lesquelles le « Mur de la Paix » trouverait sa terre d’accueil place Léonard Bernstein (12e), alors que parallèlement il serait question de réaliser sur cet emplacement une école pour les enfants du nouveau quartier de Bercy ? 3. Qui prendra en charge les 3 millions de francs nécessaires au démontage et au remontage du « Mur de la Paix » et à quelle date son transfert pourra in fine être programmé ? »

 

Dans sa réponse, M. Yves Contassot reconnaît que le monument « a bien été installé provisoirement sur le Champ de Mars à proximité de l’Ecole militaire et devait être démonté en juillet 2000 » et ajoute : « … Il a été recherché, en coordination avec l’association, un nouveau site et une implantation pérenne a été décidée sur la place Léonard Bernstein à l’entrée du Parc de Bercy. Sa mise en oeuvre reste conditionnée, d’une part, par la capacité de l’association à financer les conditions matérielles de ce transfert, et, d’autre part, par le choix d’implantation de la future école prévue pour répondre aux besoins supplémentaires en capacité d’accueil scolaire induits par la Z. A. C. de BERCY. En ce qui concerne les inscriptions sauvages dont cet édifice est actuellement l’objet, c’est à l’association propriétaire qu’il appartient d ‘en assurer l’entretien, celle-ci étant régulièrement avertie de ces dégradations par les services des Parcs, Jardins et Espaces Verts. »

 

Consciemment ou non, le représentant du Maire de Paris définit parfaitement en quelques remarques toute la problématique du transfert qui ne va cesser de se poursuivre: (a) quel autre emplacement est destiné à héberger le Mur ? (b) Qui va payer non seulement pour ce transfert, mais aussi pour son éventuel démontage et remontage ? (c) Qui doit, dans l’intervalle, assurer la maintenance et l’entretien du monument? Sur ces deux dernières interrogations, la réponse ne fait aucun doute : c’est l’association qui, en outre, est sans conteste propriétaire de l’oeuvre ! Mais celle-ci ne va cesser de clamer qu’elle n’a pas « la capacité […] de financer les conditions matérielles de ce transfert. » Un jeu de renvois de responsabilités commence alors. Il continue toujours, en novembre 2008, de dominer cette affaire…

 

En revanche, s’agissant de la première question, il est effarant de lire que la Place Léonard Bernstein est envisagée, alors que, de toute évidence, la Mairie de Paris avait déjà d’autres projets sur ce lieu (notamment une école, comme l’a signalé Claire de Clermont-Tonnerre), ce qui entache les déclarations officielles d’un soupçon d’hypocrisie ou de mauvaise foi que la suite ne fera que confirmer. Entre la défaillance budgétaire des uns et le refus des autres de prendre une décision d’expulsion de cette œuvre illégalement implantée, le dossier sera géré de façon inacceptable puisque le Mur est, de ce fait, maintenu sur le Champ de Mars – littéralement, par défaut et qu’une suite d’incohérences va se produire.

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Nul n’aurait pu imaginer que les événements du 11 septembre 2001 auraient pu donner une lueur d’espoir à ce qui pouvait être une solution à la fois grandiose et symbolique. En effet, un membre du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement va découvrir, par hasard, un an après, qu’il aurait été question d’offrir à la ville de New York le Mur pour la Paix 2000 érigé sur le Champ de Mars, à Paris, « comme symbole de paix, en hommage aux victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001. » Cette éventualité a été rapportée dans la rubrique « Zapping » du Figaro Magazine en date du 14 septembre 2002 sous le titre : « Ground Zero, l’hommage de Clara Halter ». A en croire l’hebdomadaire, cette décision aurait été prise par l’artiste « lors d’une récente visite sur le site de Ground Zero […] Avec son mari, Clara Halter a accroché ses tee-shirts « Paix » sur les grilles de la St Paul’s Chapel, proche du lieu de la catastrophe, et a décoré les vitrines du magasin Christofle de New York, qui fait de septembre le mois de la paix. Une belle preuve de solidarité de la France, plus d’un siècle après la statue de la Liberté. »

 

En dépit de la dimension nationale (« belle preuve de la solidarité de la France ») que l’artiste voulait manifestement conférer à son geste, l’affaire ne se fit pas, essentiellement pour des raisons pratiques relevant de la problématique du transfert évoquée plus haut : l’entité à laquelle il revenait de payer ce don privé d’un monument privé était le donateur c’est-à-dire son propriétaire, donc, une fois encore, l’association de Clara Halter… Il est certain que s’il s’était agi d’un cadeau de la France, le financement aurait été trouvé ailleurs ! Toutefois  rien ne dit que la municipalité de New York, traumatisée par les attaques du 11 septembre, ait été consultée et aurait accepté ce « cadeau » un peu coûteux, surtout s’il lui avait fallu participer à son financement… 

 

La question du transfert et des modalités de sa prise en charge n’ont donc pas cessé de préoccuper l’Association, preuve qu’elle est, évidemment, la clé du problème et qu’elle embarrasse ses responsables. Certains de ses membres vont tenter le tout pour le tout. C’est dans ce but que, le 31 janvier 2002, M. Marek Halter adresse, au nom de l’Association, un courrier à M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris depuis mars 2001, dans lequel il écrit ceci[16] : « Ce monument, que tu connais bien, érigé avec le concours de l’architecte Jean-Michel Wilmotte sur le Champ de Mars, face à la Tour Eiffel, a été principalement financé par la Mairie de Paris et le Ministère de la Culture. Tu avais exprimé le souhait de le voir demeurer définitivement sur cet emplacement même.

          « Catherine Tasca, la Ministre de la Culture et de la Communication, interrogée par tes soins à ce sujet, a  répondu que malheureusement une loi datant de 1913 interdisait toute construction pérenne sur le Champ de Mars. Elle demandait en revanche que l’on trouve un lieu dans la capitale digne de ce monument et de la symbolique qu’il représente. Attachée au Mur pour la Paix, elle aurait aimé, comme toi, le voir demeurer à Paris définitivement. Elle m’a affirmé par ailleurs que le Ministère participerait financièrement à cette opération.

          « Je voudrais te confirmer par la présente que les membres de l’association et l’artiste elle-même y sont favorables. Mais, dans ce cas, il faudrait enlever rapidement le Mur avant qu’il ne se dégrade au gré des intempéries ou des agressions de vandales[17]. Nous en avons parlé, tu t’en souviens sans doute, en présence du ministre Alain Richard, « voisin » du monument.

          « Après avoir consulté notre conseiller juridique, Me Pierre-François Veil, nous sommes arrivés à la conclusion que la meilleure voie à suivre est d’offrir le monument à la ville de Paris qui chargera l’entreprise Athem[18], que tes services connaissent bien, de démonter le Mur. Entre temps, nous devrons avec le ministère de la Culture, décider de son emplacement définitif. Quant aux dépenses liées à sa reconstruction, elles pourraient être couvertes, outre la participation du ministère de la Culture, par des fonds privés […] Au nom de tous les membres de l’Association « Le Mur pour la Paix par Clara Halter », je te remercie du soutien que tu nous a manifesté dès le premier jour de ton élection.»

 

Ainsi donc apprend-on que le monument « a été principalement financé par la Mairie de Paris et le Ministère  de la Culture. » Selon l’auteur de la lettre, le Maire de Paris serait apparemment en faveur de sa pérennisation « sur cet emplacement même » (le Champ de Mars), alors que, de l’avis du Ministre de la Culture, toute construction pérenne sur le Champ de Mars serait interdite par une loi de 1913 ! Cette information, on le verra, ne sera plus jamais reprise par qui que ce soit, par la suite, bien qu’elle renvoie à une disposition législative et que Bertrand Delanoë ne pouvait pas l’ignorer. Mais ce n’est pas tout : « la meilleure voie à suivre est d’offrir le monument à la Ville de Paris qui chargera l’entreprise Athem, que tes services connaissent bien, de démonter le Mur. » Vaste programme qui vise, en transférant la propriété du monument, à en transférer les charges afférentes - y compris celles de sa réinstallation - sur les pouvoirs publics qui disposent de fonds municipaux ou publics – bref sur le dos des contribuables ! Il semble que cette proposition soit restée sans réponse et, en tout cas, sans résultat. Mais elle en dit long sur la détermination des auteurs du Mur et sur leur fécondité à suggérer des solutions qui ne leur coûtent guère…

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Les 26-27 mai 2003, dans une séance du Conseil de Paris, M. Michel Dumont, successeur depuis septembre 2002 de Madame Martine Aurillac à la Mairie du 7ème Arrondissement, interroge à nouveau le Maire de Paris. Il s’impatiente, en effet, du  maintien (qu’il appelle « l’occupation ») temporaire du Mur sur le Champ de Mars, mais surtout il s’inquiète de rumeurs faisant état d’un prochaine ou possible  « pérennisation » du monument.

 

La réponse qui lui est faite ne manque pas de saveur : « Cette oeuvre, propriété de l’association « Le Mur pour la Paix par Clara Halter », présidée par M. Pierre Bergé, a été installée à titre temporaire en 1999 sur le Champ de Mars initialement pour une période de trois mois, dans le cadre des célébrations du passage à l’an 2000.  Maintenue sur les lieux, elle connaît des dégradations importantes qui nécessitent des travaux qui en principe devraient incomber à l’Association. Actuellement, les services municipaux prennent en charge des interventions ponctuelles mais dans un cadre juridique totalement inapproprié puisque la Ville n’est pas propriétaire.

          « C’est pourquoi le Maire de Paris, soucieux de mettre en sécurité le site et l’oeuvre, a saisi le Ministre de la Culture et de la Communication et la Ministre de l’Ecologie et du Développement Durable de l’hypothèse de la pérennisation de cette oeuvre hautement symbolique et délivrant un message à vocation universelle, dont la destruction pure et simple paraît inacceptable.

          « Or, la pérennisation de cette oeuvre suppose le dépôt d’un permis de construire en régularisation qui nécessite l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France, éventuellement celui de sa Commission du Patrimoine régional et des Sites ainsi que l’accord exprès de la Ministre de l’Écologie et du Développement Durable après avis de la Commission départementale des sites, puisqu’elle est située sur un site classé. A défaut, l’oeuvre ne pourra pas être maintenue in situ.

          « Les propositions qui ont pu être faites au Maire de New York en 2002 ne concernaient évidemment pas cette oeuvre, mais trois projets, dont un de Clara Halter également intitulé Mur de la Paix.

          « La Ville de Paris, qui s’intéresse à l’avenir de cette oeuvre, est disposée à faciliter les recherches sur un lieu d’implantation futur et à favoriser un consensus autour de nouvelles conditions de présentation de cette oeuvre. » 

 

Ces déclarations officielles qui ne font que confirmer celles d’Yves Contassot, deux ans plus tôt, méritent qu’on s’y arrête un instant. En effet, outre la référence à l’épisode new-yorkais dont la Mairie, à juste titre, se désolidarise tout en contestant la véracité de l’article du Figaro Magazine (le projet était différent, bien qu’intitulé Mur de la Paix), on constate que revient, une fois encore, la perspective de « pérennisation » de l’œuvre, selon des procédures lourdes, mais légales – ce qui est d’autant plus surprenant qu’il faudrait ignorer la loi de 1913 qui, d’ailleurs, n’est même pas mentionnée. Or, cette démarche annoncée et particulièrement complexe (dépôt d’un permis de construire, avis de l’Architecte des Bâtiments de France, de la Commission du Patrimoine régional et des Sites, avis de Commission départementale des Sites, etc.) n’ayant pas été effectuée, le Maire de Paris aurait dû immédiatement, ce qui n’a toujours pas été fait, demander le départ du monument du Champ de Mars , puisque, selon ses propres termes, « à défaut [de ces étapes de régularisation], l’œuvre ne pourra pas être maintenue in situ. » Elle y est pourtant encore !

 

De plus, il reconnaît que les carences de l’association en matière de travaux « qui, en principe, devraient incomber à l’association » sont compensées par l’intervention des services municipaux qui « prennent en charge des interventions ponctuelles, mais dans un cadre juridique totalement inapproprié puisque la Ville n’est pas propriétaire. » On relèvera la remarquable circonlocution à laquelle il a recours pour désigner le caractère illégal des interventions (« un cadre juridique totalement inapproprié ») ! On ne saurait mieux dire !

 

Mais ce texte révèle ce qui va désormais constituer un autre axe tactique dans la conduite de toute cette affaire non seulement par l’Hôtel de Ville, mais également par les responsables de l’association : d’une part, la sécurité du  site et de l’œuvre est prioritaire, d’autre part, son caractère hautement symbolique interdit qu’on y touche : « la destruction pure et simple paraît inacceptable », dit le Maire de Paris, invoquant un objectif que personne n’a jamais explicitement exprimé, M. Michel Dumont ayant demandé d’ « implanter [le monument] sur un site plus propice hors du 7ème arrondissement ») et non de le détruire, à moins de considérer son « démontage » pour un éventuel transfert et son remontage comme une destruction !

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Fin mai 2003 se produit un autre épisode intéressant et révélateur. Le quotidien, Le Monde, publie un article intitulé « A Saint-Pétersbourg, la Tour de la Paix des époux Halter suscite une polémique ». Il est consacré à la Tour de la Paix « construite par l’épouse de l’écrivain français, Clara Halter, et l’architecte Jean-Michel Wilmotte » et à la polémique suscitée par son inauguration à Saint-Pétersbourg, le 27 mai, dans le cadre de la commémoration du 300e anniversaire de la ville. On peut lire, s’agissant du Mur de la Paix édifié sur le Champ de Mars à Paris à l’occasion du passage à l’an 2000 (« installé pour trois mois, il y est toujours ») et qui aurait inspiré le projet contesté de Saint-Pétersbourg, qu’ « on a trouvé un nouvel emplacement dans le quartier de Bercy, mais Bertrand Delanoë ne veut pas que soit démantelé un monument pour la paix » - propos de M. Marek Halter rapportés par le quotidien.[19] On constate que le transfert vers Bercy au bout de deux ans est toujours utilisé comme porte de sortie probable, alors que les déclarations du Maire de Paris en mai 2003 dans sa réponse à M. Michel Dumont, maire du 7ème Arrondissement, ont montré que cette éventualité n’était plus sérieusement envisagée. On peut penser que la vraie justification de l’attitude de Bertrand Delanoë est exprimée dans la remarque finale que lui attribue M. Marek Halter : « [Il} ne veut pas que soit démantelé un monument pour la paix. »

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La polémique sur le Mur de la Paix n’en continue pas moins en France, mais, cette fois, non plus devant le Conseil de Paris, mais à l’Assemblée nationale. Le 21 avril 2003 dans une question écrite (no 17030), « Mme Martine Aurillac attire l’attention de M. le ministre de la culture et de la communication sur la situation de l’ouvrage appelé « le mur de la Paix » installé dans le jardin du Champ de Mars face à l’École militaire. Son installation durant l’année 2000, sans autorisation et contre l’avis de l’Architecte des  Bâtiments de France, ne devait être que provisoire, cet ouvrage devant être déplacé dans un site plus propice, hors du 7è arrondissement. Aujourd’hui cet ouvrage est toujours là, ce qui ne manque pas de provoquer l’insatisfaction et le mécontentement des riverains. En effet, non seulement cet édifice couvert de graffitis, porte atteinte à l’esthétisme et à la perspective du Champ de Mars, mais il souffre actuellement de dégradations préoccupantes pour la sécurité de ses visiteurs. Elle lui demande, au vu de ces observations, de bien vouloir lui indiquer ses intentions sur ce dossier, et de lui préciser les mesures qu’il pourrait prendre, en collaboration avec la Ville de Paris, pour assurer le démontage et le déplacement de cet édifice, afin de redonner au Champ de Mars toute son harmonie. »

 

La réponse du ministre de la Culture et de la Communication est publiée au Journal Officiel de la République française du 18 août 2003 : « Le Mur de la Paix » - y lit-on -, oeuvre de Mme Clara Halter, a été implanté sur le Champ de Mars à titre provisoire à l’occasion des célébrations nationales pour l’an 2000. Son installation s’est faite sans les autorisations qui étaient nécessaires au titre des diverses législations applicables (urbanisme, site classé au titre du code de l’environnement, abords de l’École militaire classée au titre des monuments historiques et de la tour Eiffel inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques). Le ministre de la culture et de la communication considère que l’oeuvre fait écran d’un côté à l’École militaire et de l’autre à la tour Eiffel « cassant » la perspective précisément là où elle a sa raison d’être devant l’École militaire[20]. C’est la raison pour laquelle il a manifesté, notamment auprès de la Ville de Paris, son désaccord avec sa pérennisation sur ce site. Il semblerait que la municipalité souhaite trouver un autre emplacement pour y installer cette oeuvre. »

 

Ces déclarations confirment donc, au niveau ministériel, l’illégalité de l’installation de l’œuvre, les conséquences  dommageables qu’elle a dans la mesure où elle « casse » la perspective « Ecole militaire-Trocadéro », ce qui justifie le refus d’une « pérennisation », refus qui d’ailleurs avait été déjà justifié par son prédécesseur, Madame Catherine Tasca, comme Marek Halter l’avait rappelé à Bertrand Delanoë dans sa lettre du 31 janvier 2002 citée plus haut. Autant de points rassurants puisqu’ils viennent du responsable du Département ministériel chargé de faire appliquer les lois et, notamment, celles qui, dès le début, rendaient illégale l’installation du Mur « sans autorisation » !

 

Ce qui ne manque pas de sel, c’est que le ministre de la Culture et de la Communication qui a signé cette réponse s’appelait… Jean-Jacques Aillagon, ancien Président de la Mission An 2000 en France, dont le nom figurait parmi ceux des personnalités de la lettre d’invitation à l’inauguration du Mur en mars 2000 ! En revanche, il faut reconnaître que sa réponse est prudente pour ce qui est des intentions de l’Hôtel de Ville. Mais le ministre de la Culture se garde bien, quant à lui, de prendre quelque décision que ce soit pour le départ immédiat de ce monument illégalement installé, alors qu’il en a le pouvoir[21] !

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C’est dans ce contexte qui devient délétère que, le 29 septembre 2003, M. Pierre Bergé, Président de l’association « Le Mur pour la Paix 2000 par Clara HALTER », fait désigner sur requête un administrateur provisoire, Madame Monique Legrand. Sa mission est d’administrer l’association, de convoquer une Assemblée générale en vue de la nomination de nouveaux membres du Bureau et de prendre toutes les mesures conservatoires. Cette mission est de six mois et devra cesser de plein droit dès la nomination par l’Assemblée générale d’un nouveau bureau ou d’un liquidateur. Cette mission sera prorogée jusqu’au 29 mars 2005, puis jusqu’au 24 mars 2006, puis jusqu’au 29 mars 2007, puis jusqu’en 2008 et 2009. Fin 2008, l’association n’est toujours pas dissoute, les comptes ne sont apparemment toujours pas établis, ce qui ne manque pas de surprendre.

 

Mais la manœuvre était à double détente. En effet, le 28 octobre 2003 (soit un mois presque jour pour jour après la mesure précédente), la Préfecture de Police enregistre une nouvelle association : « Association pour la pérennité du Mur pour la Paix ». L ‘objet de cette association est « l’entretien et la pérennité du MUR POUR LA PAIX construit sur le Champ de Mars » (article 2 de ses Statuts). Les nouveaux administrateurs élus pour trois ans ont changé : La Présidente est Mme Clara Halter, artiste ; la Secrétaire générale, Mme Borina Andrieu, Historienne d’art  et le  Trésorier, M. Georges Polinski, Président de société. La durée de l’association est illimitée (article 5). Son siège est le même que celui de 1999, le domicile des époux Halter.

 

Cette nouvelle association va compliquer une situation déjà bien confuse. En effet, son objet est « l’entretien et la pérennité du Mur pour la Paix construit sur le Champ de Mars », ce qui est ambigu : s’agit-il de pérenniser le monument « construit sur le Champ de Mars » hors de ce site (ce que peut faire croire le nom de l’association, Association pour la pérennité du Mur pour la Paix) qui ne mentionne pas de lieu d’implantation ou, s’agit-il, au contraire, de le pérenniser sur le Champ de Mars (ce que n’exclut pas l’article 2 des statuts)? Dans le premier cas, la « pérennisation » du monument l’emporte, mais alors comment est résolue la question du transfert, de son coût et du nouvel emplacement? Dans le second, on pérennise tout simplement l’illégalité. Mais au nom de quoi ? Et qui a donné l’accord sur une telle démarche qui vient contredire les propos du ministre de la Culture et de la Communication publiés au Journal Officiel de la République française – à peine deux mois plus tôt ?

 

L’ambiguïté semble entretenue si l’on en croit une correspondance datée du 21 janvier 2004 (Réf. 990117PFV/EB) adressée par Me Pierre-François Veil, avocat des époux Halter, à Madame Monique Legrand qui l’avait rencontré la veille[22].

 

On lit, en effet, ceci : « Il résulte de la requête qui a été présentée le 25 septembre 2003 pour solliciter votre nomination en qualité d’administrateur provisoire de l’association «  LE MUR POUR LA PAIX -2000-PAR CLARA HALTER », que le magistrat n’a pas été tenu complètement informé de la situation actuelle du monument.

« Comme cela est rappelé dans l’exposé des motifs de la requête, l’association « LE MUR POUR LA PAIX – 2000 – PAR CLARA HALTER » constituée le 30 juillet 1999 avait pour objet, selon les dispositions même de l’article 3 de ses statuts, « la construction et l’édification temporaire d’un monument, œuvre de Madame Clara Halter dénommée « LE MUR POUR LA PAIX – 2000 – PAR CLARA HALTER » mis en espace par Monsieur Jean-Michel WILMOTTE sur le Champ de Mars à Paris (75007) dans le cadre de la « mission Paris 2000 » et destiné à être définitivement installé Place Fontenoy à Paris (75007) »

« Une fois le mur érigé et effectivement inauguré sur le Champ de Mars, l’association a, comme le rappelle à juste titre la requête du 25 septembre 2003, cessé toute activité, « l’association n’étant plus administrée. »

« En revanche, la vie du monument ne s’est pas interrompue et ses auteurs ont bien évidemment continué de se préoccuper très activement de son entretien et de son animation.

« C’est dans ces circonstances  que, notamment grâce à une nouvelle association « POUR LA PÉRENNITE DU MUR POUR LA PAIX », le mur a été rénové de fond en comble grâce à un certain nombre d’entreprises soucieuses de son apparence et de sa présence symbolique.[…]

« Par ailleurs, la Mairie de Paris, agissant par sa direction des parcs et jardins, a pris en charge l’entretien du mur et le Ministère de l’Intérieur a pris la responsabilité de sa protection.

« L’ensemble de ces interventions des pouvoirs publics a été très logiquement géré en parfaite coordination avec l’association « POUR LA PÉRENNITE DU MUR POUR LA PAIX » constituée très légitimement pour prendre la suite de la première association dont l’objet était strictement limité à la construction et à l’implantation du monument.

« C’est donc très logiquement que l’ordonnance prononcée, le 29 septembre 2003, par Madame le Vice Président du Tribunal de Grande Instance de Paris vous a désignée afin que soit réunie l’assemblée générale de l’association dénommée « LE MUR POUR LA PAIX -2000- PAR CLARA HALTER » effectivement devenue sans objet et qui ne serait plus administrée de l’aveu même de son Président, et ce en vue de sa dissolution.

« Comme Madame Clara Halter et Monsieur Jean-Michel Wilmotte  auront l’occasion de vous l’exposer à l’occasion du rendez-vous que vous avez bien voulu leur proposer ce mercredi 21 janvier à 15 heures, la pérennité du mur, donc son éventuel déplacement sur un autre site qui serait recherché en accord avec les autorités de l’Etat et la Mairie de Paris, constitue l’objet même de la nouvelle association constituée à cet effet, et ce en accord avec Madame Clara Halter et Monsieur Jean-Michel Wilmotte qui sont les auteurs de l’œuvre et, à ce titre, titulaires de l’ensemble des droits sur ladite œuvre. »

 

Ce document est particulièrement instructif dans la mesure où il est rédigé et signé par un juriste, l’avocat de l’artiste de l’œuvre. Que peut-on en retenir ? D’abord que, depuis l’inauguration du Mur de la Paix sur le Champ de Mars – soit le 30 mars 2000, « l’association a […] cessé toute activité », n’étant plus « administrée ». On se demande à quoi pouvaient bien renvoyer les déclarations faites par les représentants du Maire de Paris au Conseil de Paris en 2001 et 2003 ou même les propos de M. Marek Halter dans sa lettre du 21 janvier 2002 à Bertrand Delanoë. Quant à la subtile distinction entre l’association et les auteurs de l’œuvre qui « ont bien évidemment continué à se préoccuper très activement de son entretien et de son animation », elle paraît peu juridique et de plus, vu les défaillances des administrateurs en matière d’entretien, elle est trompeuse. La phrase - «  La Mairie de Paris, agissant par sa direction des parcs et jardins, a pris en charge l’entretien du mur et le ministère de l’Intérieur a pris la responsabilité de sa protection » - est stupéfiante : elle semble indiquer que les « interventions ponctuelles [menées  par les services municipaux] dans un cadre juridiquement inapproprié », comme l’avait prétendu le Maire de Paris en mai 2003 seraient, en fait, systématiques – à moins que le rédacteur de la lettre n’ait transformé un peu hâtivement des interventions épisodiques en interventions continues. Mais alors, qui a raison ? De même en est-il pour le ministère de l’Intérieur qui aurait « pris la responsabilité de sa protection ». A quoi est-il fait précisément allusion ?

 

En outre, soutenir que « notamment grâce à une nouvelle association « POUR LA PRENNIT DU MUR POUR LA PAIX, le mur a été rénové de fond en comble » laisse rêveur si l’on se rappelle que cette nouvelle association, au moment où est écrite cette lettre à Madame Monique Legrand, en janvier 2004, n’est constituée que depuis le 28 octobre 2003. Or, au cours d’une séance du Conseil de Paris, les 1er et 2 mars 2004 sur laquelle nous reviendrons dans le chapitre suivant, le représentant du Maire de Paris, interrogé par M. Michel Dumont, Maire du 7ème arrondissement, va déclarer, sur ce point précis, que « le fonctionnement du monument se prête difficilement à une exploitation sur la longue durée en raison de la maintenance qu’il nécessite. Or, cette maintenance n’est plus assurée par l’association qui en est propriétaire. » De quoi parle-t-on ?

 

Mais la lecture de la lettre de l’avocat des époux Halter à Madame Monique Legrand, administrateur provisoire de la première association désigné par un magistrat, ne saurait s’arrêter là. Elle révèle que la seconde association a été créée « pour prendre la suite de la première association dont l’objet était strictement limité à la construction et à l’implantation du monument. » Certes, mais cela ne signifiait pas le maintien – du reste, illégal – du monument sur le Champ de Mars, puisque son « implantation » était « temporaire. » Si l’enchaînement des deux associations était prévue,  pourquoi avoir attendu trois ans pour créer la seconde, alors que la première, selon les propres termes de l’avocat, avait cessé toute activité « une fois le mur érigé et effectivement inauguré sur le Champ de Mars » en mars 2000 ? Toute cette argumentation subtile ne tient pas la route, d’autant que la fin de la lettre établit un parallèle entre la pérennité du mur et son éventuel déplacement (« la pérennité du mur, donc son éventuel déplacement sur un autre lieu qui serait recherché en accord avec les autorités de l’Etat et la Mairie de Paris constitue l’objet même de la nouvelle association constituée à cet effet »). Ce qui brouille les cartes puisqu’on peut comprendre que l’objectif est le déplacement du Mur, garantie de sa pérennité, donc l’option du transfert semble la seule possible!

 

Enfin, on peut s’interroger sur ce qu’implique la dernière phrase relative à « l’ensemble des droits sur ladite œuvre », œuvre privée sur un lieu public, dont sont « titulaires Madame Claude Halter et Jean-Michel Wilmotte. » De quels droits s’agit-il ? Sans doute de la propriété intellectuelle qui appartient aux auteurs, ce qui est tout à fait normal. Mais  fait-on aussi référence à d’autres droits ? Des droits sur des produits dérivés, par exemple ? Des droits de reproduction (cartes postales, photographies, « tee shirts », par exemple)[23] ? A combien peut-on  évaluer les montants annuels de ces « droits » qui devraient revenir à l’association propriétaire et non à ses membres? Y a-t-il eu une convention entre l’association et les ayants-droit ? Mais ce ne sont pas les seules questions. Enfin, si le passage d’une association à l’autre s’est fait « très logiquement », pourquoi la liquidation ou la dissolution de la première association n’ont-elles pas été encore prononcées[24] ?

*

Quand commence l’année 2004, rien n’a vraiment bougé. Certes nul, à l’exception de Madame Monique Legrand et de l’Association, ne connaît ce courrier du 21 janvier 2004 qui, rétrospectivement, en dit long sur certaines pratiques, mais de nombreux signes continuent de préoccuper tous ceux, associations comprises, qui sont concernés par le monument et son maintien illégal. Ils ne savent pas qu’ils ne sont pas encore au bout de leurs peines.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 3

2004-2006 : Les associations entrent en lice

 

 

C’est à nouveau au Conseil de Paris, dans la séance des 1er et 2 mars 2004, qu’est relancée l’affaire. M. Michel Dumont, Maire du 7ème arrondissement et Conseiller de Paris, interroge, une fois encore, le Maire de Paris. En s’insurgeant contre le maintien du monument, il évoque « l’exaspération des habitants du 7ème qui ne supportent plus une installation qui défigure un site classé et à laquelle les Architectes des Bâtiments de France se sont toujours opposés, le ministre de la culture a été saisi

 

Il ajoute que « le 6 août 2003, un courrier signé de Pierre Guinot-Deléry, Secrétaire Général de la Mairie de Paris, laissait envisager une solution rapide au problème et une installation du Mur pour la Paix sur la place Léonard Bernstein dans le 12ème Arrondissement de Paris ». Le Maire du 7ème arrondissement trouve par ailleurs choquant que  « l’administrateur désigné par l’association « Le Mur pour la Paix 2000 par Clara Halter » demande aujourd’hui la réinstallation du Mur place de Fontenoy, toujours dans le 7ème. Or, ce site a déjà été rejeté par les élus du 7ème lors d’une précédente tentative de transfert. Le maire de Paris voudra bien confirmer le transfert du « Mur pour la Paix » en dehors du 7ème Arrondissement ainsi que la date de cette opération. »

 

La réponse qui lui est apportée au nom du Maire de Paris  est la suivante : « Le Mur pour la Paix a été implanté dans le cadre des célébrations qui ont marqué l’an 2000 et le passage au troisième millénaire. Ce monument avait été prévu pour être présenté au Champ de Mars pendant une période de quatre mois, de même que la plupart des réalisations liées à cet événement, comme une oeuvre d’exposition temporaire.

          « L’architecte des Bâtiments de France avait émis un avis très réservé sur son implantation sur ce site classé, en ajoutant qu’il devrait obligatoirement faire l’objet d’un permis de construire devant être présenté à la Commission des Sites, en cas de pérennisation. Consciente de l’image symbolique de cette réalisation, la Ville de Paris a étudié les conditions d’un transfert du Mur pour la Paix sur un autre site de la capitale, et la place Léonard Bernstein a été évoquée, parmi d’autres. Le fonctionnement du monument se prête cependant difficilement à une exploitation sur la longue durée en raison de la maintenance qu’il nécessite. Or, cette  maintenance n’est plus assurée par l’association qui en est propriétaire.

          « Le transfert et la restauration du monument pour lui  assurer une existence pérenne ont été estimés à 1,1 M €. L’oeuvre est la propriété de l’association « Le Mur pour la Paix par Clara Halter. » Il appartient à cette association de réunir les financements nécessaires pour procéder à l’adaptation et au transfert de l’oeuvre sur un autre site. » 

 

Si l’on fait abstraction de la rhétorique récurrente habituelle sur le contexte « historique » de l’installation, on remarque que la Place Léonard Bernstein «  a été évoquée, parmi d’autres », ce qui minimise tout ce qui a été dit auparavant sur ce point, bien que cette éventualité semble avoir été, néanmoins, sérieusement envisagée, en août 2003, dans un courrier du Secrétaire général de la Mairie de Paris adressé vraisemblablement au Maire du 7ème arrondissement. Mais, en même temps, dans une incohérence incroyable, Madame Monique Legrand, administrateur provisoire de la première association, aurait demandé l’installation sur… la Place de Fontenoy, option éliminée depuis longtemps ! Il est difficile de s’y retrouver : est-ce de l’incompétence partagée ? De la confusion savamment entretenue ? De la cacophonie involontaire ? Ou tout simplement de la mauvaise foi ? Ce qui semble néanmoins certain, c’est que le transfert du Mur n’est pas une option éliminée, même si elle rencontre des complications financières que personne ne veut régler.

 

On apprend toutefois dans cette réponse de la Mairie de Paris que « le fonctionnement du monument se prête cependant difficilement à une exploitation sur la longue durée en raison de la maintenance qu’il nécessite[25] » - prouvant que la prise en charge par la Mairie de Paris est loin d’être garantie sur la durée, contrairement à ce que laissait entendre l’avocat des époux Halter, moins de deux mois plus tôt, dans son courrier à Madame Monique Legrand ! Et de fait, la maintenance qui, selon ce courrier, était « prise en charge » par les services municipaux (notamment la Direction des parcs et jardins), le Maire de Paris en nie publiquement la réalité : « la maintenance n’est plus assurée par l’association qui est propriétaire [du  monument] », ce qui contredit singulièrement d’autres affirmations de l’avocat selon lesquelles « le mur a été rénové de fond en comble grâce à un certain nombre d’entreprises soucieuses de son apparence et de sa présence symbolique. » Etonnante discordance qui ne fait qu’illustrer la piteuse gestion de ce dossier en en révélant, en outre, certaines manœuvres qui s’apparentent à de la manipulation d’information !  

 

Mais, pour la première fois, la Mairie de Paris mentionne le coût du transfert et de la réinstallation – soit 1, 1 million d’euros -  sans que soit précisé sur quelle base ou sur quel devis ce montant a été estimé ni même ce qu’il chiffre exactement…[26]

 

Cette prise de position de la Mairie de Paris a au moins le mérite d’énumérer, en mars 2004 et sans aucune ambiguïté, toutes les données à partir desquelles elle pouvait déterminer la politique qu’elle n’avait qu’à suivre sans hésitation dans l’affaire du Mur pour la Paix 2000. Elle est explicite si on reprend l’argumentation contenue dans sa réponse sous forme de syllogisme : (1) dans la mesure où « l’œuvre est la propriété de l’association « Le Mur pour la Paix par Clara Halter » et (2) où « le fonctionnement du monument se prête cependant difficilement à une exploitation sur la longue durée en raison de la maintenance qu’il nécessite », (3), « il appartient à cette association de réunir les financements nécessaires pour procéder à l’adaptation et au transfert de l’œuvre sur un autre site. » Ce qui s’ajoute évidemment à l’illégalité de son installation, autre élément capital pour justifier l’enlèvement du monument, comme l’avait catégoriquement déclaré le représentant du Maire de Paris en mai 2003 : « A défaut [de régularisation], l’œuvre ne pourra être maintenue in situ » (Voir chapitre 2).

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Quelques mois plus tard, le 4 octobre 2004, lors de son compte rendu annuel de mandature dans le 7ème arrondissement, Bertrand Delanoë indique publiquement que la Mairie de Paris serait disposée à « stocker » ce monument dans l’attente d’une solution. Mais il ne se prononce pas sur la prise en charge des frais du démontage et du transfert. Cette réponse est assez ambiguë pour n’engager personne, mais elle va déterminer une nouvelle ligne de conduite : le Maire de Paris accepterait de « stocker » le monument – en d’autres termes, il consentirait donc à son départ et à son transfert dans un lieu non précisé, ce qui paraît un infléchissement de sa position antérieure, celle de 2003.

 

Mais il est vrai qu’il laisse, sans restriction, à l’association le soin d’en financer le coût. Un pas en avant, un pas en arrière : la question du transfert se réduirait donc à une simple affaire d’argent et ne relèverait pas d’une décision fondée sur l’application des lois et règlements en vigueur. Comme nul n’ignore – et surtout pas le Maire de Paris - que la nouvelle association « Pour la pérennité du Mur pour la Paix », présidée par Clara Halter n’a rien prévu dans ce but, sa déclaration est un pur effet de manche. Car « la pérennité du mur, et donc son éventuel déplacement sur un autre site qui serait recherché en accord avec les autorités de l’Etat et de la Mairie de Paris, constitue l’objet même de la nouvelle association constituée à cet effet », selon les propres termes de la lettre du 21 janvier 2004 de Me Pierre-François Veil à Madame Monique Legrand, lettre qui se gardait bien d’aborder le problème budgétaire et que le Maire de Paris ne connaissait pas nécessairement…Alors  pourquoi les carences des uns justifieraient-elles la dérobade, voire la pusillanimité des autres ? Car le départ immédiat du Mur pourrait être exigé par les autorités compétentes  indépendamment de l’insolvabilité présumée que n’ont cessé d’avancer les deux associations successives du Mur pour la Paix pour ne pas bouger !  

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Le 22 décembre 2004, en liaison avec la Mairie du 7ème arrondissement, quatre associations – à savoir : le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement, l’Association de Défense des Usagers du Champ de Mars[27], SOS Paris et l’Association Saxe-Breteuil Aménagement – adressent une lettre à M. Jean-Marc Blanchecotte, Architecte en chef des Bâtiments de France, dans laquelle on peut lire ceci : « Selon les statuts de l’Association ‘Mur de la Paix par Clara Halter’, son objet était ‘la construction et l’édification temporaire d’un monument, oeuvre de Clara Halter’. L’échéance étant maintenant largement dépassée, nous vous prions d’enjoindre au maître de l’ouvrage, apparemment l’association précitée, de respecter ses engagements et de faire démonter le Mur. A défaut, la situation actuelle constituant apparemment une infraction grave et continue aux règles d’Urbanisme et d’Environnement ainsi qu’aux règlements relatifs aux sites classés tels que le Champ de Mars et qui s’imposent à tous, nous vous demandons subsidiairement de bien vouloir en établir Procès Verbal et de donner à cette procédure la suite qu’elle doit normalement comporter afin de soutenir notre action en vue du démontage. » Cette lettre demeurera sans réponse et sans effet.

 

Cette démarche conjointe marque l’entrée en lice des associations locales qui, jusqu’à présent, avaient considéré, à tort ou à raison, que les initiatives des élus du 7ème arrondissement – député, maires successifs, conseillers de Paris – pouvaient suffire à obtenir de l’Hôtel de Ville t de l’Etat une solution rapide et satisfaisante à l’affaire. Mais au bout de près de quatre ans d’interventions, d’interpellations au Conseil de Paris, à l’Assemblée nationale et dans diverses correspondances, il apparaissait de plus en plus évident que tel ne serait pas le cas : car les divers protagonistes de ce dossier – le ministère de la Culture, la Mairie de Paris et les administrateurs des deux associations successives – avaient sans scrupules mené jusque là tout le monde en bateau et que, en tout cas, ils ne feraient pas grand-chose pour régler cette affaire même si elle les embarrassait de plus en plus…

 

Le temps était donc venu pour les associations de se mobiliser et d’intervenir tout en sachant que la partie serait difficile du fait de la longévité du monument sur le Champ de Mars, des diverses personnalités engagées autour de ce dossier, des défaillances budgétaires permanentes des deux associations du Mur pour la Paix, de nombreuses zones d’ombre sur les appuis – vrais ou prétendus – de l’artiste et de ses comparses dans les cercles du pouvoir et, enfin, de ce qu’on appellera même - dans une correspondance officielle du ministère de la Culture, en juillet 2008 – « la sensibilité du dossier. » On sait que cette qualification a pour effet, dans la pratique administrative et bureaucratique, de protéger une affaire embarrassante – ou, si l’on préfère, de jeter un voile sur un dossier dans lequel on a pu recourir à des modalités particulières et spécifiques qui ne s’appliquent pas à des questions ordinaires et que l’on ne veut pas mettre au grand jour. Mais que veut-on cacher, au juste, dans le cas de ce monument ? En outre, les responsables des associations signataires de la lettre à M Jean-Marc Blanchecotte, Architecte en chef des Bâtiments de France, n’ignoraient pas non plus qu’une action strictement légale, au bout de cinq ans, n’aurait que peu de chances d’aboutir. D’autres angles d’attaque étaient à trouver.

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Le 22 février 2005, des représentants des quatre associations locales rencontrent, à leur demande, Mme Monique Legrand, administrateur provisoire de la première association du Mur pour la Paix. Celle-ci leur fait savoir qu’elle va remettre sous peu son rapport avec copie à la Mairie du 7ème arrondissement (mais sans aucune donnée chiffrée). Elle précise que l’association a été « dissoute » ( !) par M. Pierre Bergé - parce qu’ « elle n’avait plus de membres» - et que son financement est sur fonds privés uniquement ( !). Le rapport Legrand – à supposer qu’il ait été complété et rédigé - ne sera jamais disponible. Il ne sera pas non plus envoyé à la mairie du 7ème  arrondissement que les associations concernées ont alors interrogée à ce propos.

 

Dans le cours de l’entretien, Madame Monique Legrand déclare aux associations que l’installation sur le Champ de Mars du 6 au 26 juillet 2005 d’un terrain de « Beach Volley » pourrait être l’occasion, lors du démontage de ces installations adossées au Mur pour la Paix, de résoudre la question de l’enlèvement de ce monument. C’est, avance-t-elle, une option qui serait envisagée par l’Hôtel de Ville : en effet, cette opération pourrait être effectuée en même temps que seraient évacuées les tonnes de sable et les structures qu’il avait été nécessaire de mettre en place pour installer le terrain de Beach Volley et la facturation du démontage et de l’enlèvement du Mur serait incluse – diluée, en fait – dans le coût global !

 

Au cours du printemps 2005, soucieux de s’informer objectivement sur certains points de cette affaire, des membres du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement avaient fait établir par une entreprise indépendante un devis pour le démontage du monument (incluant la remise en état du sol). Il était alors estimé à environ 300 000 € - soit un quart de ce qui avait été indiqué tant par l’Association pour le Mur de la Paix que par la Ville de Paris dans sa réponse des 1er et 2 mars 2004.

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Le 13 juillet 2005, le quotidien, Le Parisien, publie un article dans sa section « Le journal de Paris » à la suite d’actes de vandalisme commis contre le monument dans les nuits des 28 juin et 9 juillet, sous le titre « Le Mur pour la Paix à nouveau vandalisé ». On y lit que « la mairie de Paris l’a barricadé pour le protéger. » La journaliste fait état de la réaction immédiate de l’association « Pour la pérennité du Mur pour la Paix » : « courriers au ministère de l’Intérieur, texte signé par des personnalités, de David Douillet à Bernard Kouchner, s’indignant de cette «agression inadmissible.»[28] Et même si le Mur compte de nombreux soutiens, comme la société Athem, qui s’engage à nettoyer les tags gratuitement - poursuit l’article -, le coût des réparations reste élevé – rien que 14 000 € pour remplacer une vitre… »

 

Pour la première fois, donc, la presse s’intéresse à ce dossier « qui n’en finit pas de déclencher des passions ». Prudemment, il est vrai, la journaliste s’efforce de présenter les divers côtés de l’affaire : « le monument hérisse les  associations de quartier et la mairie du VIIe en tête ». Mention est également faite des options qui ont échoué pour le transfert du monument (la place de Fontenoy, le quartier de Bercy). « Le vrai hic est le coût du transfert : nul n’est prêt à assumer le démontage et le remontage d’une œuvre de 52 tonnes qui vaudrait plus d’un million d’euros selon l’Association du Mur de la Paix, 250 000 € selon les associations impatientes de l’évacuer de leur parc préféré. »

 

Quoique bien intentionnée, la journaliste oublie, toutefois, de citer l’illégalité de l’implantation du monument depuis ses débuts sur le Champ de Mars qualifié bizarrement de « parc préféré » des associations locales, alors qu’il est ouvert à tous ! Elle poursuit : « ‘On espère qu’à l’occasion du match de Beach Volley organisé sur les pelouses la semaine prochaine, la mairie de Paris en profite pour l’enlever’ confie une source proche du dossier. Un espoir vite éteint par la mairie de Paris qui dément avoir l’intention de déboulonner le Mur. » L’article contient également un encadré où sont réunis des commentaires contradictoires, mais souvent véhéments, recueillis auprès du public tant sur la symbolique que sur l’esthétique du monument.

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Au début de l’année 2006, la Mairie du 7ème arrondissement lance un projet intitulé La Charte pour l’aménagement durable du Champ de Mars. Les élus de l’arrondissement souhaitent, en effet, par cette initiative (qu’ils entendent mener en liaison avec l’Hôtel de Ville), préserver cet espace classé au titre des Monuments historiques qui est également un haut lieu du tourisme et un espace de promenade familiale. Leur démarche avait été motivée à la suite de l’utilisation abusive de cet espace à plusieurs reprises – et notamment « en juin 2005 avec un pique nique géant dont les 5 tonnes de déchets ont fait la Une de la presse écrite, locale comme nationale, [et] provoqué la colère des habitants de l’arrondissement » (Le Journal du Septième, no 3, p.10). Or le projet de Charte contenant une méthodologie et des pistes de travail et de réflexion dans ce sens est adressé à la Mairie de Paris pour avis et modalités de mise en œuvre.

 

Les associations locales sont bien persuadées, elles aussi, qu’ « une politique d’aménagement durable du site » non seulement le protègerait, mais lui assurerait également une sorte de « pérennité » contre les abus, les nuisances et autres  infractions qui le frappent et qui, de toute évidence, ne cesseront de le menacer si rien n’est fait. Dans cette perspective, la question du Mur de la Paix ne pourrait être exclue du débat. Dans le numéro de janvier 2006 de son bulletin d’information, La Lettre du 7ème - diffusé à environ 500 exemplaires -, le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement  posait clairement  la question : comment un projet de Charte pour l’Aménagement durable du Champ de Mars élaboré, à leur propre initiative, par les divers responsables de l’arrondissement et soutenu par les associations locales pour répondre à tous les objectifs envisagés par la Mairie du 7ème arrondissement pourrait-il être proposé à la Ville de Paris pour « l’adopter et le mettre en œuvre » en esquivant la question de la présence du Mur pour la Paix 2000 ? Si tel était le cas, l’adoption de la Charte n’aurait-elle pas pour conséquence, du fait de cette omission, d’entériner l’existence illégale unanimement dénoncée de ce monument sur le Champ de Mars  et considéré comme un des éléments de « présence abusive », voire de « nuisance » ? La Mairie de Paris ne réagit pas à ce projet.

 

Le 31 mars 2006, des représentants du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement et de S.O.S Paris rencontraient, à sa demande, dans ses bureaux, l’architecte des Bâtiments de France territorialement compétente, Stéphanie Celle, pour évoquer un tout autre dossier (14 rue de l’Université) suivi par les associations et qui, s’il n’était pas fermement bloqué, pouvait créer un précédent. En effet, un propriétaire privé avait violé, de façon flagrante et persistante, les codes, lois et règlements en vigueur dans le secteur sauvegardé du 7ème arrondissement. Les associations étaient sollicitées de soutenir la démarche de l’Architecte des Bâtiments de France qui craignait, à juste titre, que l’absence de procès- verbal d’infraction ne constitue un grave précédent ouvrant ainsi la porte à d’autres violations par d’autres propriétaires dans ce Secteur particulier du 7ème arrondissement. L’architecte souhaitait donc un appui explicite du monde associatif pour maintenir le cap. Cette question fut mise à l’ordre du jour de l’Assemblée générale annuelle du Comité d’Aménagement du VIIe du 27 avril 2006. Une motion de soutien à la démarche de l’Architecte des Bâtiments de France y fut unanimement adoptée. Car l’affaire entrait tout à fait dans le périmètre de compétence fixé par ses Statuts au Comité d’Aménagement. Elle est, du reste, actuellement encore devant les tribunaux.

 

C’est au cours de cet entretien du 31 mars que, dans le cours de la discussion  avec l’Architecte des Bâtiments de France autour de préoccupations communes, les représentants de deux associations allaient apprendre que, pour ce qui était du Mur pour la Paix, même si la pertinence des positions exprimées le 22 décembre 2004 dans la lettre envoyée à Jean-Marc Blanchecotte et restée sans réponse (voir plus haut page 48) était incontestable, aucune réponse ni suite ne serait donnée par son destinataire à la requête des associations pour des raisons dues à la « nature » du sujet. En d’autres termes, bien que les deux affaires ne soient pas exactement comparables, dans un cas, le particulier serait poursuivi, alors que, dans l’autre, l’association du Mur pour la Paix bénéficierait d’une complaisance non justifiée. Et pourtant, nous étions en présence de deux « violations » de codes, lois et règlements en vigueur et susceptibles d’être appliqués par les représentants du ministère de la Culture et de la Communication - les Architectes des Bâtiments de France (voir plus haut note 21) ! Le processus de complicité tacite autour du Mur pour la Paix semblait se confirmer.

 

En septembre 2006, en liaison avec la Mairie du 7ème arrondissement qui ne cesse d’être tenue au courant des  démarches entreprises, l’Association « Les Amis du Champ de Mars », membre du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement, rédige un Livre blanc intitulé : Une ambition pour le site du Champ de Mars – du Trocadéro à l’Ecole militaire qui sera publié en janvier 2007[29]. Il s’agit d’ « une étude » et non d’ « un réquisitoire ». Ce document contient une présentation détaillée du site (avec son contexte historique) et une analyse des multiples nuisances et problèmes. Son objectif est d’être une réflexion sur « la façon de reconquérir et de promouvoir l’ensemble du site. » S’agissant du Mur pour la Paix, on y lit ceci : « Pourquoi ce monument, même s’il peut être considéré comme de qualité, est-il maintenu, en toute illégalité, à cet endroit ? Il détruit la perspective, occupe indûment un point de vue exceptionnel et…devient dangereux. »

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La polémique est relancée début décembre 2006, précisément à cause du danger que représente le Mur pour la Paix. Des barrières sont à nouveau installées autour du monument sans qu’on sache exactement comment s’est réglée la situation due aux actes de vandalisme de juin-juillet 2005 qui avaient suscité le premier article du Parisien. Cette fois-ci, l’affaire est d’une autre nature : il ne s’agit plus de protéger le monument, mais le public qui le fréquente. En effet, un document non daté et signé par le Directeur des Transports et de la Protection du Public de la Préfecture de Police de Paris et adressé au Maire de Paris est fixé sur les barrières pour l’information des éventuels visiteurs auxquels l’accès du monument est à nouveau interdit.

 

Les raisons n’en sont pas, cette fois-ci, des « tags » ou des inscriptions, mais, « des désordres affectant le Mur pour la Paix » selon les propres termes du document de la Préfecture de Police qui, en conséquence, invite la Mairie de Paris à procéder à d’importantes réparations et, pour des raisons de sécurité, décide, « dans l’attente de la réalisation des travaux, d’interdire l’accès du public dans l’emprise de l’ouvrage. »  Cette décision, comme le signale le document, résultait d’une visite sur les lieux effectuée le 27 septembre 2006 par un architecte de sécurité de la Préfecture de police – soit plus de deux mois plus tôt ! On apprendra par la suite qu’elle avait été initiée à la demande expresse de M. Michel Dumont, Maire du 7ème arrondissement, qui, inquiet de l’état de sérieux délabrement du monument, craignait pour la sécurité de ses visiteurs.

 

Les mesures recommandées par la Préfecture de Police faisaient état « des éléments instables qui menacent de tomber sur le public », des « renforcements nécessaires des éléments de structure afin d’assurer la stabilité et la solidité de l’ouvrage » et « des réparations [spécifiques], de manière à garantir sa solidité et sa résistance aux surcharges auxquelles il est soumis. » En d’autres termes, le Mur était au bord de l’effondrement, alors qu’il avait pourtant été « rénové de fond en comble » en 2004, selon l’avocat des époux Halter. Or, si tel avait été le cas, cela suffisait à montrer qu’aucune maintenance sérieuse n’avait été effectuée depuis par l’Association « Pour la pérennité du Mur pour la Paix » - y compris par « les services municipaux »  dont le même avocat disait qu’ils étaient chargés de son entretien ! Toutes les défaillances accumulées des uns et des autres avaient donc conduit le monument au bord de la ruine et le rendaient dangereux !

 

Il est intéressant de relever que ce courrier adressé par le Préfet de Police au Maire de Paris considère que, pour le ministère de l’Intérieur, le monument et son entretien relèvent de la responsabilité de la Mairie de Paris, puisque cette dernière y est invitée « à réaliser les mesures de sécurité » nécessaires et doit « tenir informée [la Préfecture de police] des dispositions que vous aurez prises dans cette affaire. »

 

Le même jour, le quotidien, Le Parisien, publie, sous le titre « Polémique : Le Mur pour la Paix interdit au public » un nouvel article décrivant cette nouvelle situation. M. Marek Halter, en qualité de porte-parole de l’Association, y déclare : « On va engager des travaux de réfection, remplacer la plaque de verre et les planches de bois », ce qui réduit singulièrement l’ampleur des travaux exigés par la Préfecture de Police (qui demandait des « renforcements nécessaires des éléments de structure afin d’assurer la stabilité et la solidité de l’ouvrage »), tout en laissant  dans le flou (« on ») l’entité qui va s’en charger. Après avoir rappelé la polémique autour de ce monument, la journaliste – la même que celle qui avait écrit l’article du 13 juillet 2005 – conclut par ces mots : « La situation semble inextricable car, même si le monument devait être déplacé, nul n’est prêt aujourd’hui à financer son déménagement. ‘Nous sommes prêts à la transférer ailleurs, mais où ? ‘, s’exclame Marek Halter. Et déplacer une oeuvre de 52 tonnes coûterait un million d’euros : on ne peut pas le financer sans l’aide de la mairie et de l’Etat.’ A l’Hôtel de Ville, on préfère renvoyer au ministère de la Culture,  ‘seul décisionnaire.’ Contacté à plusieurs reprises, le ministère n’a pas répondu à nos sollicitations. En attendant le Mur demeure, mais inaccessible. »

 

Les semaines et les mois qui vont suivre vont permettre de voir comment les trois protagonistes cités par la journaliste – l’Association « Pour la pérennité du Mur de la Paix », la Mairie de Paris et le Ministère de la Culture – vont réagir aux injonctions de la Préfecture de police.

 

Au vu de la situation créée en décembre 2006 par la fermeture du monument par la Préfecture de Police, le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement, Les Amis du Champ de Mars et S.O.S. Paris décident d’écrire  immédiatement une lettre à Bertrand Delanoë le 18 décembre 2006. En voici les principaux passages :

 

« […] Notre présente démarche est motivée par la nouvelle situation créée très récemment par le Directeur des Transports et de la Protection du Public de la Préfecture de Police de Paris à la suite d’une inspection effectuée en septembre 2006 qui a conduit à interdire désormais  ‘l’accès du public dans l’emprise de l’ouvrage’ pour des raisons de sécurité. Cette décision grave indique sans conteste l’état avancé de dégradation de ce monument. En effet, aucune interdiction d’accès n’avait jamais été formulée auparavant alors que, à différentes reprises - en 2001, 2003, 2004 notamment -, les élus de l’arrondissement, relayant les inquiétudes des habitants et visiteurs, avaient appelé votre attention et celle du ministre de la Culture et de la Communication sur le danger que représentait pour le public la dégradation progressive de ce monument. Des aménagements ponctuels avaient été réalisés par les soins de l’Hôtel de Ville ou du ministère de la Défense pour parer au plus pressé. L’Hôtel de Ville avait même reconnu, dans une communication à la presse en juillet 2005, avoir ‘barricadé [ce monument] pour le protéger’.

« Les travaux à envisager actuellement tels qu’ils sont décrits dans le document de la Préfecture de Police de Paris affiché devant le monument (copie ci-jointe) vont être, à l’évidence, coûteux. Outre cet aspect financier, cette nouvelle situation crée un contexte très particulier et permet de soulever certaines questions dont nous n’énumérerons que les plus étonnantes pour en tirer la principale conséquence :

« 1. Comment se fait-il qu’il revienne à l’Hôtel de Ville de Paris, c’est-à-dire au budget de la capitale, de financer les travaux d’un monument qui ne lui appartient pas ? Nous avons, en effet, noté que, à diverses reprises, vous-même ou vos représentants avez bien spécifié que le monument appartenait à une association et notamment à celle qui fut créée en 1999 pour ’la construction et l’édification temporaire’ de ce monument. Il est vrai que cette association a été mise sous administration judiciaire en 2003, mais le relais a été pris par une nouvelle association fondée aussitôt et qui existe toujours dont l’objet est  l’entretien et la pérennité du Mur pour la Paix construit sur le Champ de Mars’. Tout cela nous convainc que vous serez très attentif à ne pas engager des crédits municipaux sur une opération qui relève en premier lieu d’une association constituée précisément pour la prendre en charge dans le cadre de l’entretien d’une oeuvre et de la prévention des risques que cette dernière fait courir au public.

« 2. À plusieurs reprises également, il a été indiqué aussi que l’association n’avait pas de moyens pour entretenir ce monument, ce qui ne manque pas de surprendre compte tenu de son objet ! Cette carence à assumer les responsabilités statutaires de l’association (ce qui était, au demeurant, déjà le cas avec la première association dont l’objet était une ‘édification temporaire’ du monument) amène à s’interroger sur la responsabilité des administrateurs, puisque ceux-ci ont manifestement failli, dans un cas comme dans l’autre, à leur devoir de donner à leurs associations successives les moyens de remplir leur objet, ce qui soulève de singulières considérations légales, sans parler des conséquences judiciaires que nous ne pouvons exclure.

« 3. Enfin, comment ne pas être choqué par le fait que l’Hôtel de Ville de Paris, par suite du danger que fait courir ce monument illégal du fait des carences patentes de ses administrateurs, est obligé de se substituer à eux pour assurer la sécurité légitime du public que ce monument menace ?

«  Aussi nous semble-t-il que le moment est vraiment venu de profiter de cette situation inacceptable pour que l’Hôtel de Ville fasse procéder au transfert définitif du monument dans un autre lieu et dans les plus brefs délais. »

« (a) Ce transfert résoudrait une bonne fois pour toute  la question de la dangerosité du monument dans l’immédiat et pour l’avenir. (b) Il permettrait, en outre, de libérer le Champ de Mars et sa perspective d’une oeuvre illégalement implantée qu’en 2003, dans une réponse écrite à une question posée à l’Assemblée nationale, le ministre de la Culture et de la Communication d’alors accusait de ‘ faire écran  d’un côté à l’Ecole militaire et de l’autre à la tour Eiffel « cassant » la perspective précisément là où elle a sa raison d’être devant l’Ecole militaire’. (c) Comme vous l’avez vous-même indiqué dans votre compte rendu de mandature dans le 7è arrondissement, le 4 octobre 2004, ce monument pourrait être « stocké » en attendant d’être réimplanté ailleurs. (d) Quant au coût très élevé du démontage et du transfert du monument que l’association n’a pas cessé d’avancer comme une des raisons de son maintien en place, on pourrait peut-être le revoir à partir de données concrètes, en rappelant en même temps qu’il était du devoir des administrateurs de l’association propriétaire de constituer également une provision à cet effet sur leur budget. »

 

Des copies de cette correspondance sont envoyées pour information à la Préfecture de Police, à M. Jean-Marc Blanchecotte, Architecte en chef des Bâtiments de France[30], au ministère de la Culture et de la Communication ainsi qu’au Maire du 7ème arrondissement et aux Conseillers de Paris de l’arrondissement.

 

Dans le même temps, le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement envoie une lettre à Madame Monique Legrand après avoir appris que son mandat avait été prorogé jusqu’au 30 mars 2007. Il souhaite savoir si « votre rapport, en l’état, vous permet de conclure que des fonds avaient été prévus par l’association pour le démontage et le transfert du monument à l’issue des trois ou quatre mois de son installation comme l’impliquait l’objet de l’association qui était ‘ l’édification provisoire’ de ce Mur pour la Paix. […] Malgré l’illégalité de son installation reconnue unanimement par toutes les entités de l’Etat, de la ville et de l’arrondissement, on en est arrivé à demander à la Ville de Paris d’assurer sur les crédits municipaux les réparations qui s’imposent et qui, selon nous, relèvent d’abord et principalement de la responsabilité de l’association propriétaire. »

 

Les associations locales intéressées par ce dossier apprennent quelques semaines plus tard que leur démarche auprès de Bertrand Delanoë a été soutenue par Michel Dumont, Maire du 7ème arrondissement, dans une lettre adressée au Maire de Paris le 5 janvier 2007 qu’il concluait ainsi : « Des travaux de rénovation vont avoir lieu dans les prochains jours, ordonnés par « L’association pour la pérennité du Mur pour la Paix ». Dès lors que les dirigeants de cette association semblent disposer de fonds pour subvenir à l’entretien et à la rénovation du monument, je vous saurais gré, monsieur le Maire, d’entreprendre tout ce qui est en votre pouvoir pour faire procéder à la désinstallation et au déplacement du Mur pour la Paix. »

 

La logique de la position du Maire du 7ème arrondissement partagée par les associations locales était que des travaux de restauration auraient inévitablement pour conséquence de maintenir le monument sur les lieux, repoussant son départ définitif à une date inconnue. Ce qui fut effectivement le cas. Si l’association « Pour la pérennité du Mur pour la Paix » était en mesure de financer d’importants travaux de consolidation et de sécurisation du monument, c’était la preuve que ses responsables, dans une situation d’urgence et sous une forte pression, avaient été capables de mobiliser les fonds nécessaires. Alors pourquoi ne pas les contraindre à aller plus loin – c’est-à-dire à prendre en charge le démontage, le transfert et la remise en état du terrain au moment même où, du fait de son délabrement, le Mur ne risquait pas trop de souffrir d’un démontage et d’un transfert ? Mais personne n’eut le courage ou le bons sens de prendre cette décision proposée par le Maire du 7ème arrondissement dans l’intérêt de toutes les parties. Et la polémique s’est donc poursuivie.

 

                   

 

 

 

 

 

 

Chapitre 4

2007 : L’illégalité en toute transparence

 

Le 23 janvier 2007, Madame Monique Legrand adresse au Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement en réponse à la lettre qu’il lui a envoyée le 21 décembre 2006 une note de transmission très brève assortie de la copie d’un courrier substantiel qu’elle fait parvenir, le même jour, au Directeur du Cabinet de Bertrand Delanoë. Elle demande à être reçue  « en [sa] qualité d’administrateur provisoire de l’Association dénommée « Le Mur pour la Paix 2000 – par Clara Halter », désignée par ordonnance rendue par le tribunal de grand instance de Paris le 29 septembre 2003 prorogée la dernière fois le 29 mars 2006 pour une durée de douze mois expirant le 29 mars 2007. »

 

          « Par application de ma mission - poursuit-elle -, j’ai pu vous rencontrer le 13 janvier 2004 afin de vous exposer les modalités de ma désignation et le périmètre de ma mission, tout en considérant que l’édification des installations sur le site public du Champ de Mars d’un bâtiment appelé « Mur pour la Paix » dont Madame Clara Halter revendique les droits sur son œuvre est considérablement dégradée, l’entretien épisodique, semble-t-il, assuré par la mairie de Paris – direction des Parcs et Jardins – et le Ministère de l’Intérieur qui aurait assuré sa protection pour la partie relevant du Ministère de l’Intérieur.

          « En ma qualité d’administrateur provisoire de l’Association, j’ai obtenu le 21 janvier 2004 de Maître François Veil, Avocat à la Cour, conseil de Madame Clara Halter et de Monsieur Marek Halter qu’il m’indique ès-qualité, la philosophie, les revendications des auteurs de l’oeuvre, notamment l’ensemble des droits sur l’œuvre que les Cts Halter entendent revendiquer sur l’œuvre actuellement édifiée sur le domaine public de l’Ecole Militaire tant dans la perspective de relever l’œuvre de l’école militaire afin d’en faire édifier l’installation définitive statutairement  fixée sur les pelouses du Parc de Bercy à Paris 12ème arrondissement – Place Léonard Bernstein. Suivait ici la « reproduction in extenso de la lettre de Me Pierre-François Veil du 21 janvier 2004 que nous avons analysée dans le chapitre précédent[31].

          « Par ailleurs – poursuit Madame Monique Legrand -  Maître Jean (sic !)-François Veil m’indique le 21 janvier 2004 qu’il est le conseil du « Mur pour la Paix », qu’il a procédé à la création d’une nouvelle association appelée « Pour la pérennité du Mur pour la Paix » constituée à la requête des Cts Halter, association qui constituerait une suite de la première association « Mur pour la Paix » en cours de dissolution, celle-ci étant strictement limitée à la construction.

« J’attire votre attention sur l’urgence à résoudre le principe même du transport de l’œuvre du domaine public provisoire pour la transférer sur son emplacement définitif statutairement fixé sur les pelouses du Parc de Bercy à Paris 12ème arrondissement – Place Léonard Bernstein ainsi que l’exige le Comité d’Aménagement du 7ème dont je reproduis ci-dessous scanné le texte signé par Monsieur Gérard Roubichou qu’il m’a adressé le 21 décembre 2006 ainsi que la note émanant du Préfet de Police – Direction des transports et de la protection du public – signalant les désordres qui ont été relevés sur le site de l‘Ecole Militaire, tels que constatés lors d’un déplacement du 27 décembre (sic !), acté dans la note de signalement annexée à la présente, in extenso, scannée. » Suivent les reproductions intégrales de la lettre du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement du 21 décembre 2006 examinée à la fin du chapitre précédent et du document de la Préfecture de Police affiché début décembre 2006 sur le monument pour en interdire l’accès.  A titre anecdotique, on pourra noter la confusion entre le Champ de Mars et l’Ecole militaire ainsi que l’erreur sur la date de la visite, en septembre et non en décembre 2006, de l’architecte de sécurité de la Préfecture de Police et, entre autres, la qualification du Mur pour la Paix comme « bâtiment »…

  

          « Enfin, je rappelle – continue Madame Monique Legrand – la philosophie de l’installation du bâtiment pour les fêtes du cinquantenaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont je reproduis par scanner le texte que Monsieur Marek Halter adressait à Monsieur le Maire de Paris le 31 janvier 2002 et qui peut constituer, si l’oeuvre demeurait en l’état sur un site provisoire, un péril immédiat relevé par les services de la Préfecture de Police. » Suit alors le texte intégral  de la lettre du 31 janvier 2002 que nous avons analysée dans le Chapitre 2[32] et qui contenait, notamment, la référence à la loi de 1913 et le projet d’ « offrir » le monument à la Ville de Paris pour qu’elle l’entretienne !

 

La lettre se termine enfin par cette déclaration : « J’attire votre attention sur l’urgence à financer le déplacement de l’oeuvre et à assurer son déplacement du site de l’Ecole militaire à son emplacement définitif, sur les pelouses du Parc de Bercy à Paris 12ème arrondissement – Place Léonard Bernstein.

 

« Je vous prie de croire, …. »

 

La lecture de cette lettre laisse pantois quand on se rappelle qu’elle a été rédigée par une personne désignée pour administrer l’association responsable de toute l’affaire. Elle démontre, en effet, l’ignorance de certaines données (la référence à Bercy comme lieu d’implantation pérenne n’est pas statutaire, ce qui l’est, en revanche, c’est le caractère « provisoire » de l’implantation du monument sur le Champ de Mars – et non sur l’Ecole militaire - et la nécessité de son transfert au bout de trois mois) et contient des affirmations pour le moins douteuses (notamment « la dissolution en cours » ( !) de la première association…). Tout cela serait risible si cette lettre émanant de l’administrateur provisoire de la première association (celle de 1999) nommé en septembre 2003 ne datait pas de…  janvier 2007 – soit quatre ans plus tard ! En outre, les correspondances « inédites » qui y sont reproduites in extenso (respectivement la lettre du 31 janvier 2002 de Marek Halter à Bertrand Delanoë et celle du 21 janvier 2004 de Me Pierre-François Veil à Madame Monique Legrand) montrent à l’évidence que le dossier a été suivi et traité d’une façon irresponsable ou, tout au moins, légère. Elles ne font que manifester le mépris de certains protagonistes envers les lois et règlements en vigueur et un double langage quasi permanent. Quant à l’administrateur provisoire, elle s’y révèle quelque peu dépassée, ce qui fait planer de sérieux doutes sur les chances qu’elle pouvait avoir, dès le début de sa mission, de la mener à terme rapidement.  

 

Ce sont les deux correspondances inédites reproduites dans sa lettre qui constituèrent la révélation la plus importante pour les associations qui s’étaient adressées, à travers le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement, à Madame Monique Legrand. Car, rétrospectivement, elles éclairaient le dossier d’une nouvelle lumière. Aussi le Comité d’Aménagement jugea-t-il utile d’envoyer en retour un nouveau courrier à Madame Monique Legrand (avec copie à Bertrand Delanoë). Après avoir pris bonne note des informations « inédites » que l’administrateur provisoire venait de faire parvenir aux Associations qui l’en remerciaient, cette nouvelle  lettre datée du 2 février 2007 mentionnait : « …Nos exigences, s’il faut les appeler ainsi - celles du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement, des Amis du Champ de Mars et de S.O.S. Paris - sont parfaitement claires: (a) ce monument doit aussitôt que possible partir du Champ de Mars, avant toute restauration ou rénovation, car tout cela n’a que trop duré (la sécurité des visiteurs est, en outre, une raison encore plus grave de prendre cette décision) et la destination finale ne nous importe guère[33] ; (b) ce n’est pas au budget de l’Etat ni à celui de la Ville de Paris qu’il appartient d’en assumer les charges contrairement à ce qu’on laisse entendre dans certaines correspondances figurant dans votre lettre du 23 janvier 2007 […]

          « Nous avons aussi noté, grâce aux documents reproduits dans votre lettre du 23 janvier 2006, que ‘la pérennité [de ce monument] et donc son éventuel déplacement sur un autre site qui serait recherché en accord avec les autorités de l’Etat et la Mairie de Paris constitue l’objet même de la nouvelle  association’ (Lettre de Me Pierre-François Veil datée du 21 janvier 2004). Nous ne pouvons, en janvier 2007, qu’en prendre acte avec grande satisfaction, mais aussi avec étonnement. Nous constatons également dans cette même lettre de l’avocat de la seconde association que  ‘La Mairie de Paris, agissant par sa direction des parcs et jardins, a pris en charge l’entretien du mur et le ministère de l’Intérieur la responsabilité de sa protection.’ Information capitale qui devrait permettre de chiffrer ce que la Ville et l’Etat ont déjà dépensé pour ce monument depuis 2000, ce qui entre certainement dans votre charge d’administrateur provisoire de la première association qui a existé de 1999 à 2003 !

          « En revanche,  pour ce qui est de la prise en charge du démontage et du transfert du monument ailleurs, il faut là encore être très clair : nous considérons qu’elle relève entièrement du budget de l’association propriétaire ou de fonds privés. Utiliser des fonds publics alimentés par les impôts des contribuables pour régler maintenant une affaire qui aurait sans doute pu l’être il y a cinq ans (peut-être même à moindre coût) et alors que, de toute part, on nous répète que des contraintes pèsent sur tous les budgets (nationaux et municipaux) et que des économies sont désespérément recherchées, relèverait purement et simplement de l’irresponsabilité gestionnaire et politique.

          « Nos associations espèrent que vous pourrez relayer notre message auprès du Maire de Paris auquel vous nous faites savoir que vous avez demandé un entretien, d’autant que son représentant, les 1er et 2 mars 2004 au Conseil de Paris, avait défini la seule et unique politique à suivre : ‘Le fonctionnement du monument - y déclarait-il - se prête […] difficilement à une exploitation sur la longue durée en raison de la maintenance qu’il nécessite. Or cette maintenance n’est plus assurée depuis longtemps par l’association qui en est propriétaire […]. Il appartient à cette association de réunir les financements nécessaires pour procéder à l’adaptation et au transfert de l’oeuvre sur un autre site.’ Le temps est désormais venu de se conformer à ce qui paraît être le bon sens et le signe d’une bonne gestion des deniers publics. » Cette lettre ne fut évidemment suivie d’aucun effet.

*

Le 5 février 2007, la Directrice des Parcs, Jardins et espaces verts de la Ville de Paris adressait au nom de Bertrand Delanoë une réponse à la lettre du 18 décembre 2006 que les associations locales avaient envoyée au Maire de Paris : « Je vous confirme, y lisait-on, que la gestion et l’entretien de ce monument relèvent exclusivement de l’Association pour la pérennité du mur pour la Paix gérée par Monsieur Marek Halter, la Direction des parcs, jardins et espaces verts gérant uniquement le terrain. Cette association vient de faire procéder à des travaux de confortation du platelage de la terrasse et de remplacement de la vitre brisée. Le 23 janvier dernier, cette association a adressé au Préfet de Police une demande de passage de la Commission de Sécurité afin que celle-ci valide une éventuelle réouverture de ce site. Dans l’attente de son passage, l’accès au mur de la Paix restera interdit au public… »

 

Une quinzaine de jours plus tard, le 19 février exactement, c’est Bernard Delanoë lui-même qui répondait aux associations locales. « Le Mur pour la Paix – rappelle-t-il -, n’est pas propriété de la Ville, mais de l’association Le Mur pour la Paix 2000, qui doit donc assurer son entretien, en particulier s’il représente un danger pour le public […] Il ne m’appartient pas, en tant que Maire de Paris de décider du maintien ou non de cette œuvre sur le Champ de Mars, qui nécessiterait le dépôt d’un permis de construire et l’autorisation de l’Architecte des Bâtiments de France. Comme je vous l’ai déjà indiqué, la Municipalité est prête à prendre en charge le stockage, voire, en lien avec le ministère de la Culture, rechercher un nouvel emplacement. S’agissant de la prise en charge financière, la Ville ne peut en aucun cas assurer le coût de ce déplacement, évalué entre 500 000 € et 1 500 000 €. J’ai écrit en ce sens à Monsieur Renaud Donnadieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication

Ces deux lettres, même si elles reviennent sur des positions maintes fois exposées auparavant, sont toutefois intéressantes. Ainsi apprend-on que l’association « Pour la pérennité du Mur pour la Paix » a été en mesure de trouver des fonds pour assurer les travaux exigés par la Préfecture de Police et fixés comme un préalable à la réouverture du site au public. Preuve que, sous la pression, les administrateurs ont bien été capables de se mobiliser. Ce qui est plus étonnant, c’est que c’est l’Association elle-même et non l’Hôtel de Ville qui a demandé le passage de la Commission de Sécurité, ce qui indiquerait qu’on accepte de dissocier la question de la sécurité – qui intéresse la Préfecture de Police - de celle que constitue l’illégalité de l’implantation. Mais, en fin de compte, le service d’entretien minimum du monument qui est à l’origine de cette situation dangereuse découle principalement de l’illégalité de la présence du Mur sur le Champ de Mars, puisque pour y faire des travaux conséquents, il faudrait une autorisation qu’on ne peut donner pour un monument illégal. C’était du reste la question que les associations locales avaient déjà soulevée. Les interventions sur le Mur continuent donc à se faire dans la plus transparente illégalité, puisque l’association propriétaire a pu les effectuer et que cela ne semble pas gêner les services compétents de l’Hôtel de Ville. Quant à la lettre de Bertrand Delanoë, elle dégage le Maire de Paris de toute décision sur le maintien ou non de l’œuvre (il n’en confirme que le stockage) sans pour autant dire explicitement à qui revient, en définitive, le pouvoir de décider, encore qu’on puisse en déduire que ce serait au Ministère de la Culture. Chacun se repasse le mistigri.

 

Pour les associations locales, il est clair que toute cette gestion du dossier est menée dans une confusion apparente. En effet, à ce stade, comme elles vont l’indiquer dans une longue correspondance du 12 mars 2007 destinée à Bertrand Delanoë et restée sans réponse, toute l’affaire repose sur trois questions simples : (1) Qui peut décider du transfert ? (2) Qui doit assumer le coût du démontage et du transfert du monument hors du Champ de Mars ? (3) En vertu de quoi maintenir sur place un monument dont l’implantation est illégale depuis 2000 et qui peut mettre en danger la sécurité des visiteurs ?

 

Sur le premier point, la réponse ne fait aucun doute : un monument privé illégalement installé sur le Champ de Mars doit en être expulsé par les autorités chargées de faire  respecter les lois – le ministère de la Culture et ses représentants et la Mairie de Paris, « gestionnaire du terrain » qu’elle possède depuis 1890. Aucun propriétaire privé n’échapperait à cette règle s’il lui venait à l’idée de construire sans avertissement quoi que ce soit –même provisoire - sur le Champ de Mars, voire à procéder à des « réparations » non autorisées. Sur le second point, l’accord est unanime, les frais de toute l’opération sont à la charge de l’association. Enfin, sur le troisième point, aucun justificatif rationnel ou juridique n’a jamais été fourni. « Comment peut-on accepter que soit non seulement tolérée, mais aussi « entretenue » et confortée tacitement et cyniquement une aussi scandaleuse infraction à tous les législations et règlements qui protègent un site unique ? Et comment expliquer aux riverains et habitants que, si ces législations et règlements avaient été transgressés par n’importe quel citoyen, elles auraient déclenché les foudres des instances chargées de faire appliquer la loi – et, qui plus est, aux dépens de ce citoyen ? Pourquoi, plutôt que de prolonger un regrettable précédent, ne pas appliquer la même pénalité aux propriétaires (quels qu’ils soient) du Mur pour la Paix ? » (Lettre des associations à Bertrand Delanoë du 12 mars 2007). Pour bien mettre les choses au clair publiquement, La Lettre du 7ème consacra l’essentiel de son numéro d’avril 2007 à ce sujet précis et au contenu des lettres que nous venons d’examiner.

 

Une des interprétations possibles de l’esquive permanente des autorités responsables est que, compte tenu de la symbolique de la paix et des droits de l’homme développée et claironnée autour du monument par ses auteurs et les responsables de deux associations successives – et encore plus la seconde -, la seule hypothèse d’un démontage et d’un transfert apparaîtrait aussitôt comme le signe d’une hostilité à ces valeurs fondamentales. Dès lors, dans ce contexte irrationnel, tous ceux qui ont les moyens et détiennent l’autorité de faire partir ce monument – l’Etat et la Mairie de Paris – ne pouvaient qu’être enclins à ne pas prendre un tel risque. Car, en fin de compte, toute « atteinte » au Mur (et son démontage entre aussi dans cette catégorie) serait inévitablement interprétée comme un acte antirépublicain et hostile aux droits fondamentaux de l’homme et du citoyen. Autant, dans ce contexte, continuer à tolérer une « illégalité » que subir un tollé susceptible de ternir l’image de celui qui aura osé prendre la décision et le mettre en délicatesse avec ses électeurs ! Belle forme de courage et surtout de raisonnement… de politiciens !

 

Cette hypothèse pourra paraître excessive, voire biaisée à certains lecteurs. Et pourtant, au moment où, début juin 2007, le Mur fut rouvert au public avec, apparemment,  l’autorisation de la Préfecture de Police, un article du Journal du Dimanche du 3 juin 2007 (« Provisoire, mais toujours en place, l’œuvre a été fermée cet hiver pour des raisons de sécurité – Le Mur pour la Paix rouvre ») se faisait l’écho de l’affaire dans des termes significatifs : « … L’écrivain Marek Halter, époux de la coconceptrice de cette œuvre, Clara Halter, a déclaré avoir financé les travaux avec le soutien de mécènes amis, tel Pierre Bergé. Aujourd’hui, à partir de 11 h 30, aura lieu une manifestation au Mur à nouveau accessible : une trentaine d’enfants palestiniens et israéliens vont y converger à vélo, et écrire ensuite sur les ordinateurs des messages de paix, envoyés à leurs familles. Des personnalités telles que Charlotte Gainsbourg ou Emmanuelle Béart sont annoncées.

          « […] Le Mur suscite depuis des années une polémique lancinante qui s’aggrave ces temps-ci. D’un côté, ses concepteurs, Clara et Marek Halter, au renom international. De l’autre, une coalition de riverains et d’associations. Prévu pour rester en place quelques mois seulement, le monument est toujours là, sept ans après. Il n’a pourtant pas d’autorisation légale. Le ministère de la Culture s’oppose à toute délivrance de permis de construire. Officiellement, parce que le Champ de Mars est un site protégé. Officieusement, parce que l’œuvre de Clara Halter et de l’architecte Jean-Michel Wilmotte, une construction de verre, d’inox et de bois exotique, n’y suscite pas un enthousiasme esthétique débridé…

          « Depuis des années, le maire du 7ème arrondissement, des associations de riverains et des associations de défense du patrimoine demandent que la loi soit respectée et que le monument soit déménagé. Les époux Halter affirment qu’ils n’en ont pas les moyens et souhaitent que la Ville de Paris laisse le monument en place. Elle, explique ainsi que ‘ le Mur est très bien à cet endroit. Tous les guides en parlent.’ Lui, assure qu’il s’agit d’une ‘cabale’ qui devient ’grotesque’ […] Tous deux disent recevoir des lettres de soutien tous les jours : Jean Dutourd récemment, Simone Veil, Mgr di Falco, Axel Ganz. Et assurent que Bertrand Delanoë les appuie.

          « A l’Hôtel de Ville, le ton est plus mitigé. La mairie a indiqué plusieurs fois aux époux Halter, et encore l’année dernière de la main du maire, qu’elle ne pouvait prendre en charge ni l’entretien ni le déménagement de l’œuvre, mais qu’elle accepterait de la stocker gratuitement dans ses entrepôts en attendant qu’un site de remplacement soit trouvé. Lieu de substitution qu’elle n’a toutefois pas encore proposé. Ce qui amène les observateurs à penser que Bertrand Delanoë n’a pas envie de dépenser près d’un million d’euros en pleine période de sévérité budgétaire pour un monument provisoire, difficile d’entretien et décidé par Jean Tibéri et Jacques Chirac.

          « Du côté des associations, on estime que les époux Halter ‘s’accrochent au Champ de Mars parce que c’est un endroit prestigieux’, selon SOS Paris. Clara Halter, elle, cite le cas de la tour Eiffel qui ‘était aussi provisoire, et pourtant elle est restée[34]’. »

 

Ce beau morceau de journalisme résume, sept ans après, les principales composantes de la situation créée en 1999 par ce qui en furent les deux « premiers » responsables, Jean Tibéri et Jacques Chirac, et qui n’a guère évolué: l’illégalité maintenue depuis plus de sept ans d’un monument « provisoire, mais toujours en place » ; son exploitation à des fins symboliques et idéologiques qui, vu les causes défendues, le rendent « intouchable », grâce, en outre, à une « pipolisation » évidente (il suffit de parcourir la liste des personnalités citées) qui laissent entendre qu’il bénéficie d’appuis « en haut lieu »; la frontière plutôt floue entre les époux Halter et la ou les association(s) propriétaire(s) de l’œuvre ; l’absence de tout sentiment de responsabilité au regard des carences répétées de l’entretien du monument et dont les conséquences ont été et sont encore de mettre en cause la sécurité de ses visiteurs ; une incroyable détermination à la conserver là où elle se trouve (« ils souhaitent que la Ville de Paris laisse le monument en place »), façon de demander à la Ville de Paris d’en assurer  la pérennité et l’entretien aux frais du contribuable ; le discours prudent du Maire de Paris soucieux de ménager la susceptibilité des auteurs de l’œuvre, tout en reconnaissant l’énormité du coût de l’entretien pour son propre budget ; enfin le double langage (version dite « officielle » et version « officieuse ») du Ministère de la Culture…

 

Un point signalé dans l’article mérite un instant d’attention pour éclairer notre propos sur l’intangibilité symbolique du Mur et les foudres que peuvent déclencher ceux qui la mettent en cause. En rapportant les propos de Marek Halter sur l’ensemble de cette polémique (sorte de combat inégal et dérisoire entre, d’un côté, des personnalités « au renom international » qui disposeraient de nombreux appuis et recevraient des « lettres de soutiens tous les jours », et, de l’autre, « une coalition de riverains et d’associations »), l’auteur de l’article écrit : « Lui, assure qu’il s’agit d’une ‘cabale’ qui devient ‘grotesque’ »… Cette affirmation serait sans conséquence, compte tenu de l’historique du dossier, si elle ne reflétait une tactique insidieuse de dénigrement des « opposants » au monument. En effet, quelques jours avant la publication de cet article du JDD, les associations locales allaient prendre connaissance d’une lettre adressée à un membre de l’une d’entre elles par Marek Halter, le 11 avril 2007, sur papier à en-tête personnel. Sa destinataire habitant le 7ème arrondissement, bien que choquée de son contenu, hésita d’abord à la communiquer, puis, finalement, s’y résolut. En voici le texte intégral (nous avons supprimé les données d’identification de la personne) :

                                                 

                                                            « Paris, le 11 avril 2007

Chère […],

« Vous connaissez le Mur pour la Paix, œuvre de Clara Halter, mise en espace par Jean-Michel Wilmotte et inaugurée sur le Champ de Mars à Paris en 2000. Or je ne suis pas sûr que tu [sic !] saches que sa situation est toujours provisoire, ce qui pose un problème de prise en charge à la mairie de Paris quant à son entretien, sa restauration occasionnelle, le nettoyage des tags bien souvent antisémites et racistes…

          « Pour que ce monument devienne pérenne, il serait utile qu’un certain nombre de riverains ou d’habitants du 7ème arrondissement, qui l’apprécient et le côtoient, le soutienne. J’ai hésité à m’adresser à mes amis mais les attaques répétées contre le Mur pour la Paix de quelques petites associations de droite et d’extrême droite m’y obligent aujourd’hui. Une association, l’Association pour la Pérennité du Mur pour la Paix a dores [sic !] et déjà été créée.

          « Un petit mot de votre part adressé à nous ou à Bertrand Delanoë pour dire combien, en tant qu’habitante du 7ème  arrondissement, vous êtes attachée à la présence de ce Mur pour la Paix sur le Champ de Mars, serait le bienvenu.

Puis-je compter sur vous […] ?

Merci de tout cœur,

A vous

Signe : Marek Halter

 

PS : Contact Mairie de Paris : Marie Davezac, chef du secrétariat particulier de M. le Maire, Bertrand Delanoë : marie.davezac@paris.fr. »

 

La démarche elle-même visant à solliciter des appuis individuels « spontanés » en se fondant sur des informations tronquées et surtout le caractère diffamatoire des propos de l’auteur de la lettre (« les petites associations de droite et d’extrême droite ») qui, en outre, associait à sa manœuvre le Maire de Paris, à travers son secrétariat particulier, ne pouvaient laisser les « petites » associations indifférentes. Aussi, dès le 5 juin 2007, le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement écrivait à Bertrand Delanoë avec une copie de la lettre du 11 avril 2007 de Marek Halter :

 

          « […] La présente correspondance fait suite à une lettre de M. Marek Halter adressée, le 11 avril 2007, à une habitante du 7ème arrondissement qui est membre d’une des trois associations qui souhaitent absolument le transfert du monument « Le Mur pour la Paix » (copie ci-jointe reproduite avec l’accord de la destinataire). Notre seule motivation a toujours et exclusivement reposé sur l’illégalité unanimement reconnue de la présence sur le Champ de Mars de ce monument. Celui-ci, après avoir été fermé en décembre 2006 pour des raisons de sécurité, vient d’être « rouvert » comme on peut le constater in situ et comme l’annonçaient « les époux Halter » dans le numéro du 3 juin 2007 du Journal du Dimanche. Ils demandaient même que ‘la Ville de Paris laisse le monument en place.’ Nous vous avons fait savoir dans notre lettre du 12 mars quelle était notre position sur toute cette affaire et sur l’éventualité de « pérennisation » de ce monument sur ce site. Aussi ne pouvons-nous pas nous satisfaire du statu quo comme seule réponse à une situation qui perdure précisément à cause d’un manque récurrent de décisions courageuses. Nous connaissons, monsieur le Maire, votre position sur cette affaire – à savoir votre accord maintes fois réitéré à obtenir le déplacement de ce monument sans pour autant en assumer la charge sur le budget municipal, ce qui nous paraît plutôt rassurant.

« Mais il est peut-être temps de sortir de cette impasse, car repousser, comme par le passé, les vraies et difficiles décisions ne manquera pas d’avoir des conséquences en certains domaines: par exemple, qui va assurer la maintenance régulière sans laquelle le monument va peu à peu à nouveau se dégrader ? Qui va assumer, en cas de négligence, la responsabilité si un accident survient à un visiteur (pour ne citer que quelques cas possibles) ?

          « Ce qui nous a, en outre, particulièrement choqués dans la correspondance ci-jointe (dont nous n’avons pris connaissance que très récemment) est le caractère diffamatoire des propos de M. Marek Halter. Il nous traite, sans même nous connaître, de ‘petites associations de droite et d’extrême droite’, ce qui ne l’empêche pas de s’adresser à l’une de leurs adhérentes - qui semble ne pas le connaître - pour s’opposer à leur action. Cette incohérence attristante reflète aussi le peu de cas que M. Marek Halter porte à la vie associative. Les associations responsables sont régies par des règles, notamment leurs Statuts auxquels elles se conforment. […][35]

« Que peut donc nous reprocher M. Halter, en tant qu’association, sinon de ne pas nous conformer aux pratiques des associations successives du Mur pour la Paix et singulièrement la première, celle de 1999 présidée par M. Pierre Bergé, qui n’a pas, elle, respecté son objet (voir articles 3 et 6 de ses Statuts) conduisant progressivement à la situation ubuesque dans laquelle nous sommes aujourd’hui ? Demander l’application à tous des mêmes contraintes réglementaires en vigueur sur le Champ de Mars est-ce, de notre part, mener une politique de droite ou d’extrême droite (sinon en partant du postulat que ces qualificatifs s’appliquent à tout ce qui vient du 7ème  arrondissement!) ? Est-ce organiser une ‘cabale qui devient grotesque’ pour reprendre les termes de M. Halter rapportés dans le  JDD ? Je vous laisse le soin d’en juger.

          « Quant à la suggestion de « manifestations » de soutien spontané (sic !) et de ‘petit mot’ adressé à Marek Halter (« nous »] ou à vous-même personnellement, monsieur le Maire, pour obtenir quece monument devienne pérenne’, chacun est, certes, libre d’y souscrire, mais vous reconnaîtrez sans doute qu’ainsi formulée, cette démarche relève d’autres préoccupations que de la démocratie et de la liberté d’expression. » Cette lettre restera, on s’en doute, sans réponse.

*

On pourrait légitimement s’étonner que, vu les dérobades et silences persistants des autorités responsables dans cette affaire, les associations aient jugé utile de poursuivre leurs initiatives, puisque, au fond, la situation fin 2007, n’était guère différente de ce qu’elle n’avait cessé d’être : rien n’a bougé et cette immobilité n’a fait que la rendre à la fois plus compliquée et plus difficile à résoudre, en un mot « ubuesque ». La poursuite d’initiatives par les associations semble peut-être dérisoire, mais elle est nécessaire pour maintenir une certaine pression, d’autant que leur démarche s’inscrit dans la mission que leur fixent leurs statuts, et tout particulièrement, ceux du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement. Elle témoigne enfin d’une vigilance qui ne faiblira pas.

 

Certains pourront également s’interroger sur l’absence de  recours à la presse. C’est bien évidemment une piste qui a été examinée et tentée, notamment dans le courant de l’année 2007. Mais le contexte électoral de cette année-là n’a pas été favorable à pareil sujet. D’autres sujets plus importants ne manquaient pas. Aussi quelles que fussent, en fin de compte, les carences, voire les irrégularités dénoncées et avérées, sans parler des conduites inacceptables de certains responsables, ce dossier n’avait pas un caractère croustillant susceptible d’attirer ou de détourner l’attention des médias. Les contacts avec certains journalistes établis par les associations locales n’ont pas eu de suite vraisemblablement à cause de cela. C’est une des raisons qui ont joué en faveur de la publication de cet  ouvrage qui, même s’il n’attire pas un large public, aura au moins pour effet de « prendre date » et recenser les méandres de cette marécageuse affaire. Et peut-être la presse y portera-t-elle ainsi plus d’attention ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 5

2008 : Deux ans de sursis… Et après ?

 

 

Début 2008, le dossier du Mur pour la Paix va progresser de façon inattendue, mais dans la logique de l’incohérence qu’on n’a cessé d’observer tout au long de cette histoire.

 

Le 28 janvier 2008, Bertrand Delanoë adresse un courrier au Président de l’association « Les Amis du Champ de Mars ». Il répond à l’envoi d’un exemplaire du Livre Blanc intitulé « Une ambition pour le site du Champ de Mars » rédigé par cette association ainsi qu’à une lettre ouverte sur la situation des lieux. Pour l’essentiel, ce courrier est consacré à l’ensemble de la problématique du Champ de Mars : « J’apporte bien sûr – écrit le Maire de Paris – tout mon soutien à la mise en valeur de ce site historique et suis très attaché à ce que la Ville de Paris agisse, dans le cadre de ses compétences, pour apporter des solutions aux problèmes que pose cet espace de détente et de promenade du fait de sa forte fréquentation. » Sont alors évoquées « plusieurs actions concrètes » que le Maire de Paris a déjà mises en œuvre ou entend mettre en oeuvre : l’amélioration des prestations de nettoiement, la lutte contre les « incivilités canines », la mise en place de toilettes publiques…

 

          « S’agissant des occupations du domaine public [allusion aux manifestations qui se déroulent sur le Champ de Mars], il convient – poursuit-il - de rappeler qu’elles sont autorisées par la Ville de Paris et l’Etat, même si le Champ de Mars est un espace vert municipal.

          « […] Je vous précise également que j’interviens très régulièrement auprès du Préfet de Police pour lui demander de renforcer l’action de ses services, aussi bien de jour que de nuit, afin de veiller à la sécurité des lieux, notamment lors de rassemblements publics […] Je tiens aussi à vous indiquer que, de 2002 à 2007, la Ville de Paris a consacré près de 2,1 M € au financement de travaux et d’aménagements destinés à maintenir l’image de prestige que représente le Champ de Mars pour la capitale.

          « […] Enfin, sachez que la rédaction d’une charte d’utilisation est en cours avec la Préfecture de Paris. Elle sera bientôt soumise à la Commission des Sites et devrait permettre une meilleure gestion des lieux. Comme vous pouvez le constater, la Ville de Paris contribue à la revalorisation du Champ de Mars et croyez bien que les efforts engagés seront poursuivis, compte tenu de tout l’attachement qu’elle porte à participer à la sauvegarde de ce monument historique. » Ainsi donc la poursuite et le proche aboutissement du projet de « Charte » lancé début 2006 par les élus du 7ème arrondissement sont-ils mis en avant par le Maire de Paris, ce qui est vise à rassurer tout le monde et surtout à bien souligner les bonnes intentions de l’Hôtel de Ville.

 

Ce n’est, en fait, que dans la conclusion que Bertrand Delanoë aborde le cas du Mur pour la Paix qui, rappelons-le, faisait l’objet d’une critique dans Le Livre Blanc[36] : « Je termine en rappelant que le Mur pour la Paix de Clara Halter installé sur le Champ de Mars, sur la base d’une autorisation temporaire délivrée par le Ministère de la Culture, est propriété de l’association « Le Mur pour la Paix 2000 » qui doit donc en assurer l’entretien. Il ne m’appartient pas, en tant que Maire de Paris, de décider de son maintien ou non de cette œuvre sur le Champ de Mars. Cette décision dépend exclusivement de l’Etat. En revanche, la municipalité est prête à prendre en charge le stockage, voire à rechercher un nouvel emplacement, mais ne saurait assumer le démontage et le transport du Mur. »  

 

Cette lettre n’apporte donc que peu d’informations nouvelles par rapport à celles qu’avait faites le Maire de Paris, quatre ans plus tôt, en 2004, dans son compte rendu annuel de mandature dans le 7ème  arrondissement et, à  nouveau, dans sa lettre du 19 février 2007 aux associations locales et que nous avons examinée plus haut (voir pages 75-76). Si la responsabilité de l‘entretien est renvoyée vers l’association propriétaire – la première association -, ce qui n’est guère de nature à faire avancer les choses vu ses défaillances incontestables et continues, en revanche, le Maire de Paris rappelle à nouveau que la décision du « maintien ou non » sur « un espace vert municipal » appartient à l’Etat, et non à lui. Beau tour de passe-passe, une fois encore, qui a pour but non seulement de se rejeter les responsabilités (qu’attend, en effet, le Maire de Paris pour faire savoir officiellement au Ministre de la Culture, compétent en la matière, que ce monument illégal n’a pas sa place sur son « terrain municipal » et qu’en plus, il fait courir un risque aux visiteurs et au budget municipal ?), mais aussi de faire semblant de ne pas reconnaître que les défaillances budgétaires de l’association propriétaire sont – personne ne l’ignore - à l’origine du statu quo permanent. Car ce sont elles qui rendent sans avenir concret toutes les autres propositions que ne cesse de répéter le Maire de Paris (stockage, réimplantation sur un autre site). Décidément, on continue de tourner en rond. Toutefois, il est un point que la lettre fait apparaître par le silence dont elle le couvre : à l’évidence, le Mur de la Paix n’est pas inclus dans le projet de Charte prévu pour le Champ de Mars.

 

Le 16 avril 2008, de façon étonnante, Le Figaro et Le Monde publient simultanément un article sur le Mur de la Paix qui vient ajouter à la confusion. Est-ce avec une intention malveillante qu’il a été rédigé et publié ? Mais par qui ? Le texte est particulièrement étrange et quelque peu en décalage sur la réalité. Mais comment croire qu’il soit « innocent » ? « Le monument érigé, à Paris, sur l’esplanade du Champ de Mars en 2000, sur proposition de l’artiste Clara Halter, mise en espace par l’architecte Jean-Michel Wilmotte doit-il rester en place ? L’auteur et son mari, l’écrivain Marek Halter, demandent que l’oeuvre soit ‘pérennisée’ – sa construction était originellement provisoire – et qu’elle soit prise en charge par la ville de Paris. Des associations ‘de droite et d’extrême droite’, selon Marek Halter, réclament le déplacement du Mur mal entretenu, et qui n’a rien à faire ici. La Ville de Paris est embarrassée. La gestion de l’œuvre ‘relève exclusivement de l’Association pour la pérennité du Mur pour la Paix gérée par M. Marek Halter’, indique la direction des parcs et jardins de la Ville de Paris, qui précise que ‘l’accès au Mur pour la paix restera interdit au public’, en attendant le passage de la commission de sécurité. »  Ainsi donc, alors que l’accès a été rouvert en juin 2007 – comme l’annonçait la presse (JDD du 3 juin 2007 – voir plus haut page 79) et comme chacun pouvait le constater en se rendant sur les lieux -, « quelqu’un » (mais qui ?) avait l’outrecuidance de faire endosser début 2008 à la direction des parcs et jardins de la Ville de Paris une fausse information sur la base de la citation d’une lettre que sa directrice avait écrite… en février 2007 (Voir plus haut page 74)… ! A qui pouvait donc profiter la publication de cet article et pourquoi avait-il été publié par les deux quotidiens ?     

*

C’est en fait, à nouveau, un article du Journal du Dimanche du 27 avril 2008 qui va vraiment précipiter les choses, car « l’œuvre réalisée par Clara Halter et Jean-Michel Wilmotte a été vandalisée pour la 4e fois ». Cet article paraît sous un titre révélateur et surtout quelque peu triomphant : «  Le Mur pour la Paix gagne… deux ans ». Il est illustré d’une photographie montrant des dégâts de vitre tombée avec cette légende empruntée au texte lui-même : « L’un des panneaux de verre a été récemment démoli et des affichettes xénophobes  placardées. » On ne peut être plus explicite. À situation exceptionnelle, solution exceptionnelle : deux ans de sursis ! Mais il est intéressant de reprendre, d’abord,  l’essentiel de cet article. Après l’incontournable retour sur le contexte historique de l’installation provisoire, mais toujours en place, la journaliste écrit : « Au fil des ans, Le Mur pour la Paix est devenu un symbole : lieu de rendez-vous pour les militants des droits de l’homme, tels SOS Racisme, Reporters sans frontières, Ni putes ni soumises… » La dimension « symbolique » est donc bien passée au premier plan, transcendant les considérations mesquines de caractère administratif, technique ou budgétaire (illégalité de l’implantation, entretien défaillant, budget non approvisionné) que la coalition de petites associations et de riverains tente lui opposer.

 

« Mais, poursuit l’article, depuis l’an 2000, l’œuvre a subi de nombreuses avanies. Les réparations et l’entretien sont à la charge de l’association « Le Mur pour la Paix », financée tant bien que mal par quelques mécènes et les époux Halter. » Compte tenu de tout ce que nous avons pu constater lors de nos analyses précédentes, de pareils propos sont particulièrement étonnants, notamment pour ce qui est du financement « tant bien que mal » de l’association [du Mur pour la Paix] et de la prise en charge des réparations et de l’entretien. Il est vrai qu’il n’avait bénéficié du soutien que de « quelques mécènes »…Mais poursuivons la lecture : « Le mur a été vandalisé à quatre reprises. Le dernier incident date de la nuit du 13 avril. L’un des panneaux de verre a été démoli. Des affichettes xénophobes ont été placardées. A l’été 2006 déjà, les dégâts étaient tels que, pendant neuf mois, la préfecture de police avait fermé le site avec des barrières. » Ah bon ! Mais, comme nous l’avons vu, à l’automne 2006, « les dégâts » n’étaient pas dus à des actes de vandalisme, mais résultaient uniquement des négligences permanentes dans l’entretien du monument que le Maire du 7ème arrondissement avait signalées à la Préfecture de Police de Paris comme de nature à mettre en danger la sécurité des visiteurs du Mur pour la Paix[37].

 

Mais peu importe cette présentation chronologique un peu biaisée et destinée à dramatiser la malédiction qui pèse sur le monument, car, cette fois, la situation a atteint un autre degré de gravité (la xénophobie) au point qu’elle a conduit, selon cet article, à ce qu’ « aujourd’hui des solutions se dessinent. L’écrivain Marek Halter, le mari de l’artiste, se dit optimiste, et en colère aussi ‘car on aurait dû agir plus tôt[38]’. Le couple a obtenu le soutien du président Sarkozy qui, dans une lettre, assure avoir demandé au ministère de l’Intérieur ‘une recherche diligente des auteurs’ de la dégradation. ‘Une installation de vidéo surveillance est aussi envisagée par la préfecture de police de Paris’,  annonce Marek Halter[39].

« La ministre de la Culture, Christine Albanel, vient - conclut l’article - d’écrire au maire de Paris pour proposer un cadre juridique pour une autorisation provisoire de deux ans. L’Etat et la Ville de Paris se partageraient pendant deux ans la charge de l’entretien – qui se monte à 50 000 € par an – de cette œuvre monumentale. La Mairie de Paris confirmait hier qu’un accord pour le maintien de l’œuvre sur le Champ  de Mars – dont elle est propriétaire – était en cours. Le soutien pour une participation à l’entretien est aussi à l’étude. Le mur pour la paix devrait ainsi afficher son message pacifiste sur le Champ de Mars au moins jusqu’en 2010. » Et voilà, le tour est joué – au moins jusqu’en 2010 ! Et après ?  

*

Dès le 6 mai 2008, après avoir pris connaissance de cet article, le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement envoyait à Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, un courrier pour s’étonner de cette décision annoncée dans la presse et la solliciter de ne pas y donner suite en rappelant que les différents épisodes du dossier du Mur pour la Paix démontraient que l’enlèvement de ce monument privé serait la meilleure, sinon la seule solution pour mettre un terme à une situation qui ne ferait, si elle se prolongeait encore, qu’empirer et surtout entraînerait des dépenses incontrôlables qui, de plus, seraient entièrement à la charge du budget de l’Etat. Des copies de cette correspondance étaient également adressées au Maire de Paris, à Rachida Dati, Maire du 7ème arrondissement, et à des élus de l’arrondissement. Cette démarche, allait-on apprendre peu après, était soutenue par Madame Martine Aurillac, député de Paris, dans une lettre datée du 13 mai 2008 à Christine Albanel. Elle insistait auprès de la ministre de la Culture et de la Communication sur le fait qu’ « il est nécessaire de régler enfin ce déplacement », ajoutant : « Je mets beaucoup d’espoir dans votre efficacité pour résoudre ce problème qui dure maintenant depuis bientôt huit ans ! Aussi, je vous remercie de la décision que vous voudrez bien prendre pour régler d’une manière définitive ce déplacement du Mur pour la Paix. »

 

Pour sa part, le 14 mai 2008, le Président de l’association « Les Amis du Champ de Mars » prenait, à la suite de la lettre précédente du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement, l’initiative personnelle d’écrire au Maire de Paris avec copies à Mmes Christine Albanel et Rachida Dati ainsi qu’à d’autres associations locales (Le Comité d’Aménagement, Saxe Breteuil, SOS Paris et la Plateforme parisienne des Associations). Se référant à la lettre du 28 janvier 2008 que lui avait envoyée Bertrand Delanoë et que nous avons citée et examinée au début de ce chapitre et se félicitant de constater qu’ « une concertation devrait maintenant pouvoir s’engager entre la Ville, l’Etat et les associations concernées », il poursuivait : «Avec l’article du JDD  du 27 avril relatif à la soi-disant vandalisation du Mur pour la paix dans la nuit du 13 avril, l’actualité nous rattrape et je suis inquiet des décisions  que vous seriez amenés à prendre dans l’urgence avec le ministère de la Culture. »

 

La suite de la lettre du Président de l’association « Les Amis du Champ de Mars » est d’autant plus courageuse qu’elle met carrément en doute certaines des données qui ont été rendues publiques autour de l’incident de la nuit du 13 avril : « Permettez-moi de donner ma relation des faits car je connais très bien les lieux et il se trouve que j’étais personnellement sur le terrain le 14 avril au matin, juste après l’incident, en tournée sur le Champ de Mars avec M. Rousseau des Parcs et Jardins. En réalité l’installation – conçue en 2000 par Jean-Michel Wilmotte pour durer quelques mois – s’écroule toute seule (et cela fait deux ans que l’électronique ne fonctionne plus). Par ailleurs, je peux affirmer que le monument ne comportait aucune affichette xénophobe le 14 au matin. Ce chantage au vandalisme et à la xénophobie – qui dure depuis longtemps, vous pouvez en parler avec la DEVE – est intolérable. Il a même touché directement un membre de notre association[40].

          « Quant à la sécurité et à son coût, permettez-moi de formuler un avis. Pour moi, il ne fait aucun doute que la solution consiste en un démontage complet à faire au plus tôt et sans réparations. Le maintien in situ pour deux ans me semble un non-sens technique et il coûterait en réparations-entretien plus de 100 000 euros – contrairement à ce que dit l’article du JDD – soit environ le coût du démontage. »

*

Les réponses à ces deux lettres des 6 et 14 mai envoyées par les associations locales vont parvenir en deux étapes. La première sera celle du ministère de la Culture, le 23 juillet 2008, sous la signature du Directeur de l’architecture et du Patrimoine, Michel Clément ; la seconde, datée du 30 septembre 2008 et signée par Bertrand Delanoë sera remise au Président des Amis du Champ de Mars, le même jour, à l’occasion du compte rendu annuel de mandature 2008 de Bertrand Delanoë dans le 7ème arrondissement. Comparées l’une à l’autre, elles traduisent des incohérences, quand ce n’est pas des informations erronées, mais elles laissent entendre que la solution temporaire de deux ans supplémentaires est, selon toute probabilité, celle qui a le plus de chances d’être  retenue sans, toutefois, répondre à certaines questions qui avaient été posées par les associations locales.

 

1. Extrait de la lettre du 23 juillet 2008 adressée par Michel Clément, Directeur de l’architecture et du Patrimoine, au ministère de la Culture et de la Communication au Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement :

          « […] Cette œuvre financée par des fonds privés et publics a été propriété d’une association « Le Mur pour la Paix 2000 » qui n’en a pas assuré la maintenance. Il semble que cette association a été liquidée sans qu’il soit possible aujourd’hui d’identifier le propriétaire.

          « Cette œuvre a été installée sur un site classé, aux abords de l’Ecole militaire, classée au titre des monuments historiques mais aucune autorisation au titre des abords n’a été demandée à l’architecte des bâtiments de France territorialement compétent.

          « Pour devenir pérenne, l’installation de cette œuvre devrait faire l’objet d’une régularisation par une demande de permis de construire auprès de la ville de Paris, après avis du Ministère de l’Ecologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire au titre du site classé et du Ministère de la culture et du développement au titre des abords de monuments historiques. Un examen devant la commission nationale des monuments historiques pourrait être nécessaire en raison de la sensibilité du dossier.

          « Un courrier en date du 23 avril dernier a été adressé en ce sens à M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris.

          « La demande de classement au titre des monuments historiques du « Mur pour la Paix », faite par M. Marek Halter, n’est pas adaptée à une œuvre de cette nature, par ailleurs implantée sans autorisation, et dont le propriétaire est actuellement inconnu, alors que son accord serait indispensable à une mesure de protection.

          « Il a été envisagé à plusieurs reprises d’implanter « Le Mur pour la Paix » dans un autre espace mieux adapté afin de mettre fin à cette situation irrégulière et insatisfaisante pour une œuvre dont la dégradation augmente le risque pour le public […].»

 

2. Extrait de la lettre du 30 septembre 2008 adressée par M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris, au Président de l’association « Les Amis du Champ de Mars » :

          « […] Malgré le caractère provisoire de cette œuvre qui ne pourra rester sur ce site à long terme, je suis favorable, comme Madame Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication, à une occupation temporaire exceptionnelle d’une durée de deux ans.

          « En effet, la prolongation de la période initiale d’installation de l’œuvre doit permettre de trouver une solution, soit en l’installant sur un nouveau site, soit par exemple grâce à une œuvre virtuelle, d’en garder trace.

          « C’est dans ce sens que j’ai écrit à Monsieur Marek Halter. J’ai particulièrement insisté en lui rappelant toutes les démarches à accomplir : demandes d’autorisation au ministère de l’Environnement (site protégé), de la Culture (code du patrimoine) et à la Préfecture de Police (établissements recevant du public). Une fois ces éléments rassemblés, la délibération en Conseil de Paris, autorisant d’une part l’occupation du domaine public et d’autre part le dépôt d’un permis de construire précaire, sera rédigée au plus vite par les services de la Ville.

          « Dans cette situation difficile et complexe, je ne peux que répéter ce que j’ai eu l’occasion de dire publiquement à plusieurs reprises : la Municipalité est prête à prendre en charge le stockage du Mur, et, en lien avec le Ministère de la Culture à rechercher un nouvel emplacement. Celui-ci serait offert par la Ville si le terrain lui appartient. […] »

 

Examinées conjointement, les deux correspondances qui, en outre, font état d’échanges et contacts entre les deux entités responsables, le ministère de la Culture et de la Communication et la Ville de Paris, sont stupéfiantes : le lecteur est incapable de savoir exactement ce qui se prépare. Du côté du Ministère de la Culture, on avance des procédures pour pérenniser le monument « par une demande de permis de construire auprès de la Ville de Paris », mais après avis de deux ministères et éventuel « examen devant la Commission nationale des monuments historiques […] nécessaire en raison de la sensibilité du dossier.[41] » De son côté, le Maire de Paris, rappelant « le caractère provisoire de cette œuvre qui ne pourra rester sur  ce site à long terme », se range à l’option proposée par la Ministre de la Culture et de la Communication, celle  d’ « une occupation temporaire exceptionnelle d’une durée de deux ans», ce qui ne concorde pas exactement avec l’objectif avancé par son représentant bien que, dans le dernier paragraphe de sa lettre, celui-ci revienne sur l’option de transfert dans un autre lieu – ce que confirme le Maire de Paris dans sa conclusion : « …la Municipalité est prête à prendre en charge le stockage du Mur, et, en lien avec le Ministère de la Culture à rechercher un nouvel emplacement. Celui-ci serait offert par la Ville si le terrain lui appartient […] ». Mais le Champ de Mars n’est-il pas un terrain qui lui appartient ? Alors, de quoi s’agit-il ? De pérennisation ? D’occupation temporaire ou de déménagement ? On s’y perd.

 

Quant aux démarches à accomplir énumérées par le Maire de Paris et qui reprennent, grosso modo, celles qu’indique le ministère de la Culture, c’est à Marek Halter que la Ville de Paris demande de les effectuer, ce qui pourrait laisser entendre que c’est au nom de l’association propriétaire qu’il  les effectuera… Or, à en croire le représentant du ministère de la Culture et de la Communication, il ne serait « pas possible aujourd’hui d’identifier le propriétaire [du monument].» Est-ce à dire que, depuis le 23 juillet 2008 (date de la lettre du représentant du ministère de la Culture), Marek Halter disposerait du titre de propriété de l’œuvre[42]? Mais comment ? Et que dire de la seconde association, puisque la première, toujours selon le ministère de la Culture, semble avoir été « liquidée », même si rien ne permet de le prouver jusqu’à présent? D’autre part, il est extraordinaire que le Maire de Paris suggère qu’il a « insisté » auprès de Marek Halter sur la procédure à suivre … huit ans après - durée qu’il qualifie « de période initiale d’installation de l’œuvre !», ce qui ne manque pas d’humour.

 

Ainsi donc, si Marek Halter – en qualité de « pétitionnaire » (et sans doute au nom de l’association ?) - entreprend toutes les démarches prescrites aboutira-t-on à une autorisation d’ « occupation du domaine public » (mais c’est bien le cas de facto déjà depuis juin 2000) et à un dépôt de « permis de construire précaire » qui vient huit ans plus tard régulariser un monument temporaire dans une nouvelle précarité de… deux ans. Du temporaire à durée indéterminée, voici que l’on passe au temporaire à durée déterminée ! Singulière progression ! En réalité, la position adoptée par les autorités responsables (Etat et Ville de Paris) s’apparente de plus en plus à ce qui se pratique en politique et qu’on appelle une mesure d’amnistie : on oublie les huit ans d’illégalité et on repart sur de nouvelles bases, comme si de rien n’était !

*

On peut rester perplexe sur toutes ces déclarations qui, en fin de compte, accordent un délai de deux ans tout en n’excluant pas, du moins dans le courrier du Maire de Paris, l’hypothèse du « stockage » dont on sait depuis longtemps qu’elle est conditionnée à la prise en charge du transfert qui, elle, n’est toujours pas réglée ! Pourquoi deux ans et non pas un an ? Pour « trouver, écrit le Maire de Paris, une solution, soit en l’installant sur un nouveau site, soit par exemple grâce à une œuvre virtuelle, d’en garder trace (sic !) ». Il s’agit à l’évidence d’une manœuvre pour gagner du temps : pourquoi, en effet, trouverait-on en deux ans « une solution » que l’on n’a pas pu trouver en huit ? Et pourquoi garder à travers une œuvre « virtuelle » (sic !), la trace de ce monument, s’il y est toujours ? Et, dans l’hypothèse où il partirait, que signifie cette « œuvre virtuelle » [43] ? Et surtout qui paiera pour la réaliser ? Une fois encore, alors qu’il aurait fallu tout simplement forcer les responsables du Mur pour la Paix à évacuer les lieux qu’ils occupent indûment, on échafaude tout un système complexe de « régularisation » rétroactive limitée à deux ans de sursis et assortie de considérations sur un sauvetage « virtuel »… Une vraie création surréaliste ! De qui se moque-t-on ?

 

Et de plus, toutes ces bonnes dispositions passent une fois encore l’essentiel sous silence : la dimension financière de l’affaire. Qui sera chargé d’entretenir ou de réparer le Mur pendant ces deux ans ? Si l’on en croit ce qu’écrivait le Journal du Dimanche dans son article déjà cité du 27 avril 2008, ce serait l’Etat et la Ville qui se partageraient ces dépenses – bref, les contribuables avec leur impôts[44] -, ce qui est tout simplement scandaleux, même si, dans un premier temps, on n’avance qu’un montant annuel qu’on pourrait qualifier de peu important de 50 000 € (sur quelles bases a-t-on estimé ce montant ?). Mais le principe lui-même est inadmissible après tout ce qui a été dit et écrit au cours des années sur ce point du financement de l’entretien. Et, de plus, qui peut garantir qu’il n’y aura pas de dérives ? En ce cas, qui assumera les éventuelles dépenses supplémentaires[45] ? Enfin, que se passera-t-il au terme des deux ans de sursis ? Aura-t-on le courage ou l’autorité de faire ce que l’on n’a pas réussi en dix, « en raison de la sensibilité du dossier » : exiger le départ du Mur aux frais de son ou ses « propriétaire(s) » ? Mais est-on certain qu’ils auront même provisionné leur budget ou celui de l’association ? Et quelles contraintes exercera-t-on (et qui les exercera ?) contre le ou les propriétaire(s), surtout s’ils restent finalement… introuvables ? Retour à la case départ : car, dans toutes ces hypothèses, qui financera le transfert dans deux ans ? Comment, enfin, croire à de tels engagements après huit ans de déclarations souvent péremptoires, mais contradictoires et jamais suivies d’effet ? Y aura-t-il dans l’immédiat une convention signée entre le ministère de la Culture et la Mairie de Paris et l’association « Pour la pérennité du Mur pour la Paix (à supposer que ce soit toujours elle l’interlocuteur !) pour définir les obligations respectives de chaque entité et pour déterminer les moyens de réaliser au terme de deux ans, si rien n’a été fait dans l’intervalle, le départ définitif du monument hors du Champ de Mars qui, selon le Maire de Paris, « ne pourra rester sur ce site à long terme » ? Le Conseil de Paris donnera-t-il son avis sur cette procédure au terme d’un vrai débat ? Il sera passionnant à suivre…

 

Au regard de cette dernière trouvaille pour « sauver » le monument tout en le menaçant d’un « sursis » de deux ans,  nous ne pouvons pas nous empêcher, de redouter que le Mur pour la Paix ne soit conforté, au-delà des deux ans, dans la position qu’il occupe depuis 2000. Le glissement subtil vers la dimension de « cette œuvre hautement symbolique et délivrant un message à vocation universelle » (selon le mots du Maire de Paris : voir plus haut page 26) constitue une habile manœuvre permettant de détourner, dans l’immédiat, les critiques. Qui oserait refuser le maintien d’une œuvre d’une telle portée universelle ? Ainsi calme-t-on le jeu en renvoyant à plus tard la solution. Mais cette dimension symbolique ne risque-t-elle pas aussi de continuer à être employée dans deux ans comme un redoutable argument ? En 2010, au train où va le monde, on pourra toujours considérer qu’un message de paix doit être encouragé. Et, dans ce contexte, on ne voit pas pourquoi cette perspective serait moins déterminante qu’en 2008. Si bien que l’on peut déplorer que la décision qui va être prise, malgré la date butoir une peu floue qu’elle implique (deux ans à partir de quand ?), n’est qu’une façon non seulement de gagner du temps, mais aussi de faire taire riverains et associations après les avoir magistralement menés en bateau pendant huit ans…Veut-on leur faire croire, une fois encore, au Père Noël ?

 

Si, dans l’immédiat, le monument, à défaut d’obtenir le statut de concession à perpétuité, obtient néanmoins ce sursis de deux ans, ce à quoi nous sommes résolument opposés, le Mur pour la Paix aura déjà gagné une nouvelle dimension symbolique - celle de concrétiser le triomphe de la mauvaise foi, de la couardise politicienne et de l’irrespect, en toute impunité,  de l’état de droit.

 

Paris, septembre-octobre 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Post-scriptum

« …cet ovni juridique qui embarrasse la Ville »

 

 

Alors que cet ouvrage était terminé, Le Nouvel Observateur publiait, dans la section Paris Obs de son numéro du 13-19 novembre 2008, un très intéressant article « Champ de Mars. Paris au pied du Mur » qui faisait le point sur « cet ovni juridique qui embarrasse la Ville. » Son auteur y rendait compte des entretiens qu’il avait eus avec les époux Halter, les représentants de la Ville de Paris et des Associations riveraines – dont Les Amis du Champ de Mars et le Comité d’Aménagement.

 

Dans cet article, on constate que non seulement les arguments des uns et des autres ont été objectivement repris et, pour certains, bien soulignés, mais aussi que les bonnes questions ont été posées. « Dans deux ans, il doit partir. Pour aller où ? Aux frais de qui ? Mystère… ». A partir de là, le journaliste a su pousser les représentants de la Ville et les époux Halter dans leurs retranchements. En effet, les premiers évoquent « deux scénarios : ‘Soit nous acceptons de prendre en charge le stockage et de trouver une autre place pour le remonter, soit nous en faisons une œuvre virtuelle’ Virtuelle ? » – s’enquiert le journaliste - ‘Par exemple, un film qui sera diffusé au Musée Carnavalet.’ Et le maintenir sur place ? ‘Ça paraît compliqué…’ Nous n’en saurons pas plus. »  Dommage !

 

Mais nous pouvons noter, outre le rappel du stockage et du remontage sur un autre site, une réponse très intéressante à l’interrogation que nous avions exprimée plus haut sur l’avenir « virtuel »  de cette œuvre. Il s’agirait tout simplement d’un film qui serait présenté au Musée Carnavalet qui est - soit dit en passant - le musée de l’histoire de la Ville de Paris. Parfait ! Mais cela veut-il dire que le Mur sera « démonté » et que son « souvenir » ne restera que sur une pellicule ? Ce scénario implique donc qu’il le sera, mais, une fois encore, aux frais de qui ? Motus. Ou plutôt, la réponse vient des seconds, les époux Halter : « Ils veulent que tout soit à nos frais ! Mais nous n’en avons juste pas les moyens ! » On connaît la chanson… Mais pourquoi l’artiste et son mari seraient-ils personnellement ceux qui devraient payer alors que le monument ne leur appartient pas ? Quid de l’Association  propriétaire dont, du reste, personne ne mentionne l’existence, y compris dans cet article de novembre 2008 ? Or ce point « technique » n’est pas de peu d’importance. Nous l’avons vu. A moins que la propriété ne soit passée de l’Association (laquelle : la première ou la seconde ?)… aux époux Halter ! Mais alors, comment ?

 

On peut aussi constater à regret combien, chaque fois que l’on aborde le sujet du départ de l’œuvre, le ton se « personnalise » aussitôt. D’abord par des menaces et un chantage inconvenant de Marek Halter : « S’ils font venir les bulldozers contre un mur consacré à la paix, il y aura vingt-cinq chaînes de télé ! Et ça fera mauvais effet ! » Chiche, pourrait-on lui rétorquer… Il suffit qu’un responsable courageux prenne le risque : le dossier n’est pas vide et sans munitions, comme nous l’avons montré. Ensuite, vient une autre forme d’intimidation. Les époux Halter ne lésinent pas sur la « « pipolisation » des soutiens au monument : « Et le couple de sortir une liste longue comme le bras » – commente le journaliste – « des ‘personnages ayant témoigné leur soutien au Mur pour la Paix’ : Alain Afflelou, Bernard Kouchner, Jean Reno… ». Et que feront ces « people » ? Une pétition ? Une manifestation. Rien de bien surprenant ou nouveau.

 

En revanche, ce qui l’est davantage est constitué par une  autre remarque du même Marek Halter concernant une question du journaliste sur le coût du monument : « Environ 2 millions d’euros. Peut-être même pas. L’acier a été gracieusement donné par Arcelor, le bois par Pinault Bois, etc. En tout cas, cela n’a pratiquement pas coûté d’argent à l’Etat, sauf une subvention de 75 000 € du ministère de la Défense… » Tiens ! Voilà du nouveau ! Et quid de la Mission An 2000 France ? De la Mairie de Paris ? Et, puisqu’on parle de subvention, quand et à qui a-t-elle été versée ? A l’association, sans doute, celle dont l’administrateur provisoire n’arrive pas depuis cinq ans à arrêter les comptes ? Ou à la seconde ? S’agissant, enfin, de ce que Clara Halter a reçu pour ce travail, son mari est d’une exquise imprécision : « Très peu, presque rien [à quel montant commence le « très peu » ou finit le « presque rien » ? Cela a-t-il été pris sur la subvention ? Et décidé par une Assemblée générale? Et sur quels fonds ?). « En échange de ces dons  - poursuit Marek Halter -, elle a travaillé pour les marques sponsors, comme Christofle, Lancel, Mont Blanc… ». Gratuitement, sans doute.

 

 L’article se termine par deux observations particulièrement savoureuses. L’impatience touchante de l’artiste et de son époux : « Au printemps 2008, le ministère de la Culture promet d’entretenir l’édifice à hauteur de 50 000 €  par an, dont la moitié sera réglée  par Paris.’ Mais nous n’avons pas encore vu l’argent arriver’, déplore la sculptrice. » Etonnante réaction, alors que le protocole d’accord (s’il y en a un) entre les deux entités n’est pas encore, semble-t-il, formalisé et que la prise en charge de l’entretien a beaucoup de chances de ne pas faire l’objet d’un versement direct aux intéressés… Ensuite, on peut s’interroger sur le  jeu singulier de la Ville de Paris : « Pour trancher ce dossier - commente le journaliste -, la Ville demande aujourd’hui aux époux Halter de régulariser la situation de l’édifice.’ Cela fait des années que nous aurions dû le faire’, reconnaît Marek Halter. Et les époux Halter ont la ferme intention de s’y mettre, aidés par deux fonctionnaires de la Ville. » C’est donc encore le budget municipal qui va mettre ses propres agents au service de la régularisation d’un monument privé au bout de huit ans, afin d’être en mesure de prendre enfin en charge  son entretien sur fonds publics et à la suite d’une suggestion faite par le ministère de la Culture et de la Communication…pendant les deux prochaines années ! Quel raffinement ! Et quelle gestion !

 

Rien d’étonnant, ainsi que le signale l’article in fine, que, pour le moment, les associations « redoutent qu’une fois en règle, le Mur ne bouge plus d’un cil. » Mais faut-il exclure que même si « ça paraît compliqué », la Mairie de Paris choisira l’autre scénario, celui du départ rapide du monument hors du Champ de Mars ? Ce qui mettrait un terme définitif à une opération ubuesque, mais révélatrice de certaines pratiques politiciennes et à « l’ovni juridique qui embarrasse la Ville »  et bien au-delà, et dont les citoyens, ne serait-ce qu’en leur qualité de contribuables, ont droit de connaître le contexte désolant qui l’a créé.  

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Dans le numéro suivant du Nouvel Observateur, Marek Halter faisait paraître la mise au point suivante : « Je lis mon vieux « Nouvel Observateur » (no 2297), dont je suis fidèle compagnon, et découvre un article bien partial à propos du Mur de la Paix, créé par Clara Halter et érigé sur le Champ de Mars. Le journaliste oublie de rappeler que ce monument, dont il raille la qualité, a été conçu par Jean-Michel Wilmotte. Il cite des riverains qui n’aiment pas l’œuvre, mais pas les centaines d’habitants du 7e qui manifestent à chaque occasion leur attachement à ce Mur et souhaitent qu’il soit enfin pris en charge par l’Etat et la Ville. Il se moque […] des dizaines de personnalités qui ont salué ce ‘geste’ artistique et politique. Je vois bien le plaisir qu’il y a à faire du croustillant, mais cela vaut-il d’en oublier « l’objectif des articles [qui] est de présenter les faits aux lecteurs avec la plus grande rigueur et la plus grande honnêteté », selon les termes même de la Charte … du ‘Nouvel Observateur’ ? »  

 

 

24 novembre 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ANNEXES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Annexe 1

Liste des principaux noms cites

 

I. PERSONNALITÉS (ne sont indiquées que leurs fonctions pendant la période de présence du Mur pour la Paix sur le Champ de Mars 1999-2008)

 

AILLAGON, Jean-Jacques : Président de la Mission 2000 France (1996-2002), Ministre de la Culture et de la Communication de 2002 à 2004.

ALBANEL, Christine : Ministre de la Culture et de la Communication depuis 2007.

AURILLAC, Martine : Maire du 7ème arrondissement de juin 1995 à septembre 2002, députée de Paris depuis mai 1993.

BERGÉ, Pierre : Président de la première association «  Le Mur pour la Paix 2000 par Clara Halter» de juillet 1999 à septembre 2003. Il était alors Président Directeur Général de la société Yves Saint-Laurent.

BLANCHECOTTE, Jean-Marc : Architecte en chef des Bâtiments de France (Ministère de la Culture et de la Communication).

CELLE, Stéphanie : Architecte des Bâtiments de France territorialement compétente pour le 7ème arrondissement.

CHIRAC, Jacques : Maire de Paris de 1977 à 1995, Président de la République de 1995 à 2007.

CONTASSOT, Yves : adjoint au Maire de Paris, de 2001 à 2008.

DATI, Rachida, Maire du 7ème de puis mars 2008. Garde des Sceaux et ministre de la Justice.

DELANOE, Bertrand : Maire de Paris depuis le 18 mars 2001. Réélu en mars 2008.

DONNADIEU DE VABRES, Renaud : Ministre de la Culture et de la Communication de 2004 à 2007.

DUMONT, Michel : Maire du 7ème arrondissement et Conseiller de Paris de septembre 2002 à mars 2008. Conseiller de Paris, il est actuellement chargé, sous l’autorité du Maire du 7ème arrondissement, de toutes les questions relatives aux grands projets et à l’urbanisme dans l’arrondissement

HALTER, Clara : artiste, auteur du Mur pour la Paix 2000, Présidente de la seconde Association - « Pour la pérennité du Mur pour la Paix »  - depuis le 28 octobre 2003.

HALTER, Marek : écrivain.

LANG, Jack : Ministre de l’Education nationale de mars 2000 à 2002.

LEGRAND, Monique : Administrateur provisoire de l’association « Le Mur de la Paix 2000 par Clara Halter » dont le mandat a été renouvelé depuis le 25 septembre 2003.

TASCA, Catherine : Ministre de la Culture et de la Communication de 2000 à 2002.

TIBÉRI, Jean : Maire de Paris de juin 1995 à mars 2001. Depuis 2008, Maire du 5ème arrondissement.  

VEIL, Pierre-François : avocat des époux Halter.

WILMOTTE, Jean-Michel : architecte et designer.

 

II. ASSOCIATIONS (Les associations dont le nom est précédé d’un * sont domiciliées dans le 7ème arrondissement).

 

* « Les Amis du Champ de Mars »

* « Le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement »

« Le Mur pour la Paix 2000 par Clara Halter » (créée le 30 juillet 1999)

« La Plateforme des Associations Parisiennes »

« Pour la pérennité du Mur pour la Paix » (créée le 28 octobre 2003)

* « Quartier Breteuil »

* « Saxe Breteuil Aménagement »

« SOS Paris »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Annexe 2

Repères chronologiques

 

1999

 

25 janvier : Réunion du Conseil de Paris.  Communication du Maire, Jean Tibéri, sur les célébrations de l’an 2000. Le Mur pour la Paix n’est pas mentionné.

30 juillet : Dépôt à la Préfecture de Police des Statuts de l’Association « Le Mur pour la Paix 2000 – par Clara Halter ». Président : Pierre Bergé.

Août : Le Cabinet de Jean Tibéri consulte Martine Aurillac, Maire du 7ème arrondissement sur l’installation provisoire (3 mois) du Mur pour la Paix sur le Champ de Mars. Désaccord du Maire du 7ème.

Fin 1999 : Edification provisoire du Mur pour la Paix sur le Champ de Mars.

 

2000

 

21 février : Envoi d’invitations par une agence de communication pour l’inauguration du Mur pour la Paix sur le Champ de Mars prévue pour la deuxième quinzaine de mars.

2 mars : Martine Aurillac, Maire du 7ème arrondissement, refuse une demande d’installation pérenne du monument sur la Place de Fontenoy. L’architecte des Bâtiments de France émet également un avis défavorable.

30 mars : Inauguration officielle du Mur pour la Paix par Jacques Chirac, Président de la République, et Jean Tibéri, Maire de Paris.

 

2001

 

18 mars : Election de Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris.

11-12 juin : Réunion du Conseil de Paris. Question de Claire de Clermont-Tonnerre, Conseiller de Paris à Yves Contassot, représentant du Maire de Paris, sur l’entretien, l’éventuel déplacement du monument Place Léonard Bernstein et la prise en charge du transfert. M. Yves Contassot répond au nom du Maire de Paris.

11 septembre : Destruction des tours du World Trade Center à New York.

 

2002

 

31 janvier : Lettre de Marek Halter à Bertrand Delanoë. Il propose, notamment, d’offrir le monument à la Ville de Paris.

 

2003

 

21 avril : Question écrite (no 17030) de Martine Aurillac, Député de Paris, au Ministre de la Culture et de la Communication sur le Mur de la Paix.

26-27 mai : Réunion du Conseil de Paris. Michel Dumont, Maire du 7ème arrondissement, interroge le Maire de Paris sur l’avenir du monument et des rumeurs relatives à sa « pérennisation ». Réponse du Maire de Paris: la pérennisation suppose une procédure. A défaut, l’oeuvre ne pourra être maintenue in situ.

27 mai : Inauguration à Saint-Pétersbourg d’une Tour de la Paix  dans le cadre de la commémoration du 300ème anniversaire de la ville. Polémique autour de cette installation rapportée dans un article du Monde.

18 août : Publication au Journal Officiel de la République française de la réponse du Ministre de la Culture et de la Communication, Jean-Jacques Aillagon, à la question posée par Martine Aurillac. Il reconnaît l’illégalité de l’implantation et considère que l’oeuvre « casse » la perspective Ecole militaire-Tour Eiffel.

29 septembre : Pierre Bergé fait désigner sur requête un administrateur provisoire, Monique Legrand, pour l’association «  Le Mur pour la Paix 2000 – par Clara Halter ».

28 octobre : Dépôt à la Préfecture de Police de Paris des Statuts d’une nouvelle association « Pour la pérennité du Mur pour la Paix. ». Son objet est « l’entretien et la pérennité du Mur pour la Paix construit sur le Champ de Mars. » La nouvelle présidente est Clara Halter.

 

2004

 

21 janvier : Lettre de Me Pierre-François Veil, avocat des époux Halter à Monique Legrand. Il rappelle que la nouvelle association « Pour la pérennité du Mur pour la Paix »  a été « constituée très légitimement pour prendre la suite de la première association dont l’objet était strictement limité à la construction et à l’implantation du monument ». L’éventuel déplacement sur un autre site « constitue l’objet  même de la nouvelle association ».

1er et 2 mars : Réunion du Conseil de Paris. Michel Dumont, Maire du 7ème arrondissement, interroge le Maire de Paris sur ses intentions à propos du déplacement du Mur pour la Paix hors du 7ème arrondissement eu égard à des rumeurs sur une éventuelle pérennisation du monument. Le Maire de Paris rappelle les responsabilités financières de l’association en matière d’entretien et de transfert de l’œuvre dont elle est propriétaire.

4 octobre : Compte rendu annuel de mandature de Bertrand Delanoë dans le 7ème arrondissement. Il propose de « stocker » le monument aux frais de la Ville de Paris, mais ni le démontage ni le transfert.

22 décembre : Le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement, l’Association de Défense des Usagers du Champ de Mars (qui deviendra « Les Amis du Champ de Mars en juin 2006), Saxe Breteuil Aménagement et SOS Paris demandent dans un courrier à Jean-Marc Blanchecotte, Architecte en chef des Bâtiments de France, de dresser un procès-verbal d’infraction et de donner suite à la procédure qui s’y rapporte. Pas de réponse.

 

2005

 

22 février : Rencontre des représentants des quatre associations locales avec Monique Legrand, administrateur provisoire de la première association, « Le Mur pour la Paix 2000 – par Clara Halter ». Elle annonce qu’elle va remettre un rapport.

6-26 juillet : Installation sur le Champ de Mars d’équipements pour le « Beach Volley ».

13 juillet : Article du Parisien intitulé « L’événement : Le Mur de la Paix à nouveau vandalisé ». La de Paris dément profiter de l’enlèvement des équipements de Beach Volley pour enlever, en même temps, le Mur pour la Paix.

 

2006

 

Début de l’année : Lancement du projet de Charte pour l’aménagement durable du Champ de Mars par les élus et les associations du 7ème arrondissement.

Janvier 2006 : La lettre du 7ème, bulletin d’information du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement consacre un article à ce projet de Charte en soulignant qu’il ne pourra éluder la question du Mur pour la Paix.

31 mars : Rencontre de représentants du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement avec Stéphanie Celle, Architecte des Bâtiments de France territorialement compétente pour le 7ème arrondissement.

Septembre 2006 : Publication de la première version du Livre blanc : Un ambition pour le site du Champ de Mars – du Trocadéro à l’Ecole militaire par l’association «  Les Amis du Champ de Mars ».

18 décembre : Article du Parisien intitulé « Polémique. Le Mur de la Paix interdit au public ».

18 décembre : Lettre du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement, des Amis du Champ de Mars et de SOS Paris à Bertrand Delanoë à propos de la fermeture du Mur en lui demandant d’en profiter pour faire partir le monument.

21 décembre : Lettre du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement à Monique Legrand concernant ses éventuelles conclusions sur le fonctionnement budgétaire de l’association « Le Mur pour la Paix 2000 - par Clara Halter ».

 

2007

 

5 janvier : Lettre de Michel Dumont, Maire du 7ème arrondissement à Bertrand Delanoë appuyant la démarche des associations faite dans leur courrier du 18 décembre 2006 dont il a reçu copie. Il demande au Maire de Paris de profiter de l’occasion pour la désinstallation et le déplacement du monument.

23 janvier : Bordereau de transmission de Monique Legrand aux trois associations en réponse à leur lettre du 21 décembre 2006. Elle y inclut la copie de la lettre qu’elle adresse le même jour à Bertrand Delanoë et qui comporte la copie  intégrale de deux courriers, celui du 31 janvier 2002 de Marek Halter à Bertrand Delanoë et celui du 21 janvier 2004 que lui a envoyé Me Pierre-François Veil, avocat des époux Halter.

2 février : Lettre du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement à Monique Legrand suite à la communication précédente.

5 février : Lettre de la Directrice des Parcs, Jardins et Espaces verts de la Ville de Paris en réponse à la lettre du 18 décembre 2006 des associations à Bertrand Delanoë. Elle confirme  que l’Association « Pour la pérennité du Mur pour la Paix » a procédé à des travaux et attend le passage de la Commission de sécurité de la Préfecture de Police pour obtenir l’autorisation de rouvrir le monument au public.

19 février : Bertrand Delanoë répond à son tour et confirme à nouveau que la Ville de Paris est disposée à « stocker » le monument, voire à trouver un autre emplacement, mais que la prise en charge financière de l’opération relève de l’Association propriétaire.

12 mars : Les trois associations locales répondent à leur tour à Bertrand Delanoë en développant leurs arguments autour de trois questions : qui peut décider du transfert ? Qui doit assumer le coût du démontage et du transfert ? En vertu de quoi maintenir ce monument illégal sur le Champ de Mars ?

Avril : Le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement consacre la quasi-totalité de son numéro d’avril 2006 de sa Lettre du 7ème à faire le point sur l’affaire du Mur pour la Paix.

3 juin : Article du Journal du Dimanche intitulé : « Provisoire, mais toujours en place, l’oeuvre a été fermée cet hiver pour des raisons de sécurité – Le Mur de la Paix rouvre ».

5 juin : Lettre du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement à Bertrand Delanoë suite à des propos jugés diffamatoires de Marek Halter sur les associations locales et notamment dans une lettre datée du 11 avril 2007 destinée à une adhérente d’une association de riverains du Champ de Mars.

 

2008

 

28 janvier : Bertrand Delanoë rappelle au Président des Amis du Champ de Mars, à propos du Livre Blanc sur le Champ de Mars que ce dernier lui a fait parvenir ce que fait la  Ville de Paris sur ce site.  S’agissant du Mur pour la Paix, il réitère ses propos antérieurs : stockage possible par la municipalité, mais responsabilité financière de l’association.

Mars : Bertrand Delanoë est réélu Maire de Paris.

16 avril : Simultanément, Le Monde et Le Figaro publient un article identique non signé et un peu dépassé sur la situation du Mur pour la Paix.

27 avril : Article du Journal du Dimanche «  Le Mur de la Paix gagne… deux ans » dans lequel il est dit que le ministère de la Culture et de la Communication et la Ville de Paris seraient prêts à prendre en charge l’entretien du monument pour deux ans après une régularisation provisoire de son statut.

6 mai : Le Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement écrit à la ministre de la Culture et de la Communication avec copie au Maire de Paris pour lui demander de ne pas donner suite à ce projet.

14 mai : Le Président des Amis du Champ de Mars écrit à son tour à Bertrand Delanoë avec copie au ministère de la Culture pour recommander la même solution. Il indique en outre qu’on peut avoir des doutes sur les dégradations faites au monument et qui avaient été soulignées dans l’article du Journal du Dimanche.

23 juillet : Réponse du Directeur de l’Architecture et du Patrimoine du ministère de la Culture et de la Communication au Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement en réponse à sa lettre du 6 mai. Il signale notamment  qu’on ne connaît pas le propriétaire de l’œuvre.

30 septembre : Réponse de Bertrand Delanoë au Président des Amis du Champ de Mars. Il confirme la décision de donner un sursis de deux ans et une régularisation provisoire du Mur en accord avec le ministère de la Culture et de la Communication.

Fin septembre : Mise en route de l’ouvrage, Une concession à perpétuité ? L’affaire du Mur pour la Paix 2000 (1999-2008).

13-19 novembre : Article du Nouvel Observateur, « « Champ de Mars. Paris au pied du Mur.»

20-27 novembre : Mise au point par Marek Halter à propos de cet article.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Table des matières

 

Avant-propos 2

 

Chapitre 1......... 7

1999-2000 : Les mystères de l’installation 7

 

Chapitre 2....... 18

2001-2003 : L’impossible transfert........ 18

 

Chapitre 3....... 34

2004-2006 : Les associations entrent en lice............. 34

 

Chapitre 4....... 34

2007 : L’illégalité en toute transparence 34

 

Chapitre 5....... 34

2008 : Deux ans de sursis… Et après ?............. 34

 

Post-scriptum......... 34

« …cet ovni juridique qui embarrasse la Ville » 34

 

ANNEXES............. 34

 

Annexe 1........... 34

    Liste des principaux noms cites..... 34

 

Annexe 2........... 34

Repères chronologiques........... 34

 



[1] Le Parisien, 18 décembre 2006, « Le Mur pour la paix interdit au public ».

[2]  www.murdelapaix.com devenu depuis www.murdelapaix.org  

[3] Le Parisien, 18 décembre 2006, art.cit.

[4] Stéphane Louhaur, AFAA Spectacles, no 40 (juillet 2000), www. diplomatie.gouv.fr/label_france/FRANCE/ART/bref06/art.html.

[5] La Mission An 2000 était chargée de présenter, de coordonner, de fédérer les différentes  festivités prévues pour cette date symbolique. Cette mission, créée en 1997, rapportait au Premier ministre et était rattachée au ministère de la Culture.

[6] « Dix ans après la chute du Mur de Berlin où fleurissaient légitimement les messages de révolte, ce mur de l’espoir se veut ouvert et lumineux, prêt à favoriser, valoriser et encourager tous ceux, célèbres ou anonymes, pour qui la paix vaut tous les engagements »Déclaration de Jean-Michel Wilmotte citée  dans le dossier de presse par Stephane Louhaur. Dans une déclaration plus récente sur evene.fr, Clara Halter rappelle à nouveau que le « monument est sur le Champ de Mars, c’est un lieu privilégié. Ce lieu a servi en 1790 à la Fête de la Fédération, une fête très importante pour la future République française.»

[7] Rappelons que c’est sur cette place que se trouve le siège de l’UNESCO. A ce propos, il peut être intéressant de noter que cette organisation internationale avait lancé pour l’année 2000 une campagne  appelée « Cultivons la paix ».  Aussi la Mission 2000 en France a-t-elle, « pour faire écho à ce programme, fédéré différentes institutions consacrant leurs activités à la culture de la paix. Celles-ci, à travers le programme intitulé « Les Routes de la Paix », devaient s’unir tout au long de l’année pour proposer l’animation d’un cheminement symbolique qui relie les hommes, passage progressif de la culture de guerre à la culture de paix. Avec le Mur de la Paix proposé par le peintre Clara Halter sur une structure de base en verre et acier conçue par Jean-Michel Wilmotte, la Mission a lancé un appel au monde entier pour rejoindre ces Routes .» (Richard Petris, « Les routes de la paix », fiche d’expérience, www.irenees.net/fr/fiches/expérience/fiche-experience-542.htlm). 

[8] Il semblerait que ce soit le nom de l’entreprise qui aurait « installé » le Mur.

[9] On pouvait lire début 2000 sur le site www.murdelapaix.com : « Le site Internet de la FNAC (www.fnac.com) participera à lui [le Mur de la Paix] donner sa pleine dimension universelle. En effet de mars à juin 2000, non seulement les internautes pourront découvrir l’oeuvre de Clara Halter mais ils pourront également écrire et transmettre leurs messages de paix qui seront ensuite projetés sur les écrans intégrés au Mur de la Paix. Afin d’associer le public à toute la genèse du projet, les Galeries Photo de la FNAC organisent du 21 mars au 29 avril une exposition des dessins originaux de Clara Halter. Les plans de Jean-Michel Wilmotte, l’architecte qui a réalisé la mise en espace du Mur pour la Paix 2000,  seront aussi présentés à cette occasion. » 

[10] La lettre de couverture indique explicitement que le Mur pour la Paix est « un des projets du programme officiel de la Mission en France et de Paris 2000, mis en place pour marquer une entrée exceptionnelle dans le nouveau millénaire. »

[11] Dans sa réponse à une question (QOC 2001-150) de Madame Claire de Clermont-Tonnerre, Conseiller de Paris publiée au BMO, M. Contassot reconnaît que le Mur, installé provisoirement, aurait dû être démonté en juillet 2000. Le ministre de l’Education mentionné est Jack Lang nommé à ce poste en mars 2000.

[12] Le Département de la Communication de la Délégation aux Arts Plastiques du ministère de la Culture et de la Communication (Anne Racine/Bénédicte Godin) faisait état alors, dans un texte du dossier de presse accessible sur Internet, d’une « commande publique » : « La commande publique, peut-on lire, qui a pour vocation de faire concorder la recherche artistique, par essence personnelle, et la vie de la cité, dépasse le clivage public/privé, singulier/collectif. Elle permet, par le pouvoir de l’expérimentation et de l’invention artistiques, de requalifier le rapport de l’homme avec le territoire et l’espace rural, la ville et le monde urbain. Le recours à la commande publique se justifie donc pleinement pour soutenir le projet ambitieux et monumental de Clara Halter. Inscrite au coeur de la capitale et accessible à tous, cette oeuvre qui s’inspire librement d’un lieu de mémoire universelle, le Mur des Lamentations de Jérusalem, incarne un symbole de paix et de fraternité. Le Mur pour la Paix illustre parfaitement l’une des missions que s’est fixée l’État dans le cadre de la commande publique : générer une réflexion autour des notions de citoyenneté et de mémoire collective en favorisant la rencontre de l’oeuvre et de l’espace public. » Mais pareille hypothèse n’a plus jamais été avancée.  

[13] Probablement l’entreprise Athem (Voir plus haut, note 8).

[14] Du reste, dès 2001, selon Madame Claire de Clermont-Tonnerre, « depuis plusieurs mois, le « Mur » fait l’objet de dégradations :[…] tags, inscriptions diverses, dont le caractère et la nature sont bien éloignés de la symbolique portée par ce monument. » (Question au Maire de Paris, voir plus haut, note 11). La récurrence d’actes de vandalisme (y compris en avril 2008) ne cessera d’être un argument avancé par les responsables de l’association propriétaire du Mur pour solliciter une prise en charge de la maintenance et de l’entretien du monument par les pouvoirs publics ou la Ville de Paris.

[15] Le Parisien, lundi 18 décembre 2006, art. cit.

[16] Nous n’avons pris connaissance de l’existence et du contenu de cette lettre qu’en janvier 2007. Mais on voit bien comment elle s’insère dans les efforts de l’Association pour parvenir à sortir de l’impasse en faisant glisser vers les pouvoirs publics – notamment la Mairie de Paris – la responsabilité du  transfert et de l’entretien. Cette lettre était reproduite dans son intégralité dans un courrier adressé par Madame Monique Legrand au Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement qui l’avait saisie par lettre en décembre 2006. Le rôle et la mission de Madame Monique Legrand sont expliqués plus loin.

[17] Les actes de vandalisme auxquels il est fait ici allusion ne sont pas datés. Les agressions contre les monument vont toutefois constituer un élément qui va peu a peu prendre de l’importance dans ce dossier.  Mais l’on ne sait pas si des plaintes ont été déposées.

[18] Cette entreprise est mentionnée dans la liste des « Partenaires officiels » du monument (Voir plus haut, note 8).

[19] Sans entrer dans le détail de cette nouvelle construction en Russie, on peut toutefois y observer quelques coïncidences avec l’affaire du Mur pour la Paix de Paris : tout d’abord, on y retrouve à la fois le couple Halter et l’architecte Jean-Michel Wilmotte, ensuite, comme le signale l’article, « de nombreuses zones d’ombre demeurent quant au soutien dont Marek Halter a pu se prévaloir au sein des gouvernements français et russe. » Un des opposants au projet, président de la section Russie des conseillers du Commerce extérieur de la France, chargé de la participation de la France au jubilé, déclare que Marek Halter «a réussi à imposer ce projet dans un premier temps comme un cadeau de la France qui serait inauguré par le président Jacques Chirac lors des célébrations du tricentenaire de la ville. » Or, commente le journal,  « il s’agit d’un cadeau privé. » L’article souligne les rapprochements à faire avec le monument parisien de Clara Halter : incertitude sur les responsables de l’installation, financement obscur, illégalité de la construction selon la loi fédérale russe (le lieu retenu étant « classé » y compris par l’UNESCO). Enfin, la dimension financière suscite d’autres questions. Le Conseiller du commerce extérieur cité plus haut serait allé jusqu’à dire : « [M. Halter] peut dire ce qu’il veut, il n’y a pas de comptabilité. » 

[20] Ce qui écorne les propos enthousiastes du Président de la République lors de l’inauguration du Mur fin mars 2000 cité plus haut, Chapitre 1.

[21] Il suffirait que l’Architecte des Bâtiments de France dresse un procès verbal de violation pour que s’enclenche une procédure visant à faire partir le Mur. Cette procédure a été utilisée contre des particuliers. Mais encore faut-il qu’il ait le feu vert de son autorité de tutelle – le ministère de la Culture  ou qu’il ne reçoive pas d’injonction « politique » comme ce sera le cas dans l’affaire de l’Hôtel Texier (dans l’emprise de l’Hôpital Necker) à propos duquel le même Jean-Marc Blanchecotte aurait été convoqué… par le Préfet de la Région Île-de-France pour revenir sur sa décision (Voir Le Canard Enchaîné, 20 décembre 2006, « Bernie casse la baraque »).

[22] La copie de cette lettre a été communiquée aux associations par Madame Monique Legrand dans un courrier du 23 janvier 2007 déjà cité (voir note 16). Nul n’en connaissait jusqu’alors l’existence. Comme la précédente – celle de janvier 2002 -, dès lors qu’elle est connue, il est nécessaire, dans un récit des faits, de la citer comme un maillon dans la stratégie (secrète) de l’association.

[23] Par exemple, le numéro no 13 de février-mars 2005 du magazine de la Ville de Paris, à Paris, fait apparaître sur sa « troisième » de couverture une photographie de la Tour Eiffel vue à travers le Mur de la Paix.

[24] Pareille question n’est pas insignifiante. En effet, puisque la première association était propriétaire de l’œuvre, le titre de propriété a-t-il été transmis à la seconde ? Y a-t-il eu une Assemblée générale, au moins, sur ce point ? Sinon, la première association serait donc toujours propriétaire : comment dès lors sont régis les rapports avec la seconde ?

[25] La « maintenance » combine à la fois l’entretien régulier et les réparations – y compris en cas d’actes de vandalisme. Mais le montant annuel n’a jamais été officiellement ou publiquement évalué (Voir plus haut, note 14).

[26] Ce chiffre est quasiment le double de celui qu’avait avancé, en juin 2001, Madame de Clermont-Tonnerre. Elle estimait à 3 millions de francs (soit un équivalent de 457,347 €) le coût du démontage et du remontage. Mais, il est vrai qu’à aucun moment, il n’est fait mention du coût de la remise en état du terrain du Champ de Mars après l’enlèvement du monument, ce qui pourrait justifier le surcoût. Mais personne n’a jamais soulevé cette conséquence budgétaire – pourtant importante - du transfert !

[27] Devenue, en juin 2006, l’Association des Amis du Champ de Mars.

[28] Entre les actes de vandalisme et la symbolique de la Paix et des Droits de l’Homme qui se développe autour de l’oeuvre avec la mise en place de la seconde association, toute atteinte au monument est immédiatement interprétée par les membres de l’association qui en est propriétaire comme une atteinte qui dépasse le monument lui-même en visant tout ce à quoi on peut le charger de faire référence. C’est peut-être un autre élément qui en fait un sujet « sensible ». En tout cas, cette orientation  symbolico-idéologique deviendra de plus en plus nette dans les réactions des époux Halter.

[29] Voir www.amisduchampdemars.fr

[30] Le 20 décembre 2006, une télécopie est envoyée à Stéphanie Celle, Architecte des Bâtiments de France territorialement compétente, pour savoir « si pour procéder aux travaux exigés par la Préfecture de Police l’association propriétaire du Mur pour la Paix doit déposer une demande officielle, ce qui ne manquerait pas de donner de l’intérêt à la réponse qui sera faite vu «  l’illégalité » du monument. Quid si l’Hôtel de Ville entreprend ces travaux pour « pérenniser » un monument illégal ? » Bien évidemment, aucune réponse ne fut apportée à cette question.

[31] Voir plus haut note 22.

[32] Voir plus haut note 16.

[33] Cette formule était destinée à remettre au point l’affirmation de Madame Monique Legrand qui écrivait que le monument devait être installé à Bercy « ainsi que l’exige le Comité d’Aménagement du 7ème».  Les passages soulignés l’étaient également dans cette lettre.

[34] L’amalgame étant une pratique courante dans toute polémique, rien d’étonnant à ce que l’auteur du monument, Le Mur pour la Paix, y ait recours. Mais, à l’exception de leur installation sur le Champ de Mars, personne n’aurait l’outrecuidance ou la mauvaise foi de « comparer » le cas des deux « monuments », la Tour Eiffel et le Mur pour la Paix, ne serait-ce que parce que le contexte de leur installation n’est pas le même. Cela est également vrai de l’amalgame fait entre le Mur pour la Paix, la pyramide du Louvre et les colonnes de Buren !

[35] Suivait ici des extraits des Statuts fixant les objectifs du Comité d’Aménagement du VIIe Arrondissement et également l’article qui interdit aux membres de l’association toute considération ou manifestation politiques dans la conduite de l’association.

[36] Voir plus haut, page 57.

[37] C’est en juin-juillet 2005 que des actes de vandalisme avaient été rapportés (Voir plus haut page 57 et suivantes). Les barrières qui avaient été installées alors étaient plutôt destinées à protéger le monument contre de futures dégradations.

[38] Cette formule est à double sens : « agir plus tôt » peut être interprété, selon nous, comme « On aurait dût le faire partir plus tôt ». Mais ce n’est certainement pas ce que veut suggérer Marek Halter pour lequel l’expression est une forme de condamnation des retards mis par les autorités à prendre en charge le monument, ce qui leur fait porter la responsabilité des dégradations qu’elles n’ont pas su prévenir !

[39] Cette déclaration peut laisser croire que la vidéo surveillance sera installée pour protéger le Mur pour la Paix. En fait, comme on vient de l’apprendre en octobre 2008, l’installation de caméras résulte d’un plan d’ensemble de lutte contre l’insécurité dans différents secteurs de la capitale – dont le Champ de Mars.

[40] Voir chapitre précédent, pages 83 et suivantes. Il s’agit de la personne qui avait été sollicitée par Marek Halter pour soutenir son projet.

[41] On pourrait faire observer que la procédure décrite dans la lettre du représentant du Ministère de la Culture et de la Communication reprend presque exactement les termes employés les 26-27 mai 2003 par le représentant du Maire de Paris dans sa réponse au Maire du 7ème arrondissement (Voir plus haut pages 26-27) qui concluait qu’ « à défaut, l’œuvre ne pourra être maintenue  in situ !» On n’a donc guère avancé.

[42] On notera, dans la lettre du représentant du ministère de la Culture et de la Communication que Marek Halter aurait demandé le classement du Mur « au titre des monuments historiques », ce qui entraîne un commentaire savoureux – à savoir que cette demande « n’est pas adaptée à une œuvre de cette nature, par ailleurs implantée sans autorisation, et dont le propriétaire est actuellement inconnu… » Comme nous l’avons souligné plus haut (note 24 notamment), la question de la propriété de l’œuvre est un élément qui est loin d’être insignifiant

[43] Faut-il voir une allusion à ces grands faisceaux lumineux qui, pendant un certain temps, après les événements du 11 septembre, ont tenté, à New York, de « restaurer » par la lumière la présence abolie des tours jumelles ? Mais peut-on comparer les deux « monuments », même si le Mur de la Paix et les Twin Towers sont chargés d’une force symbolique avérée ? Une fois encore, on croit rêver…

[44] Juste au moment où le Maire de Paris annonce une augmentation de 12% des impôts locaux à Paris ! Rappelons ici ce qu’on pouvait lire dans l’article du JDD du 3 juin 2007 (voir plus haut, page 79) : « ce qui amène les observateurs à penser que Bertrand Delanoë n’a pas envie de dépenser près d’un million d’euros en pleine période de sévérité budgétaire pour un monument provisoire, difficile d’entretien et décidé par Jean Tibéri et Jacques Chirac ».

[45] « Le fonctionnement du monument se prête difficilement à une exploitation sur la longue durée en raison de la maintenance qu’il nécessite » signalait déjà en en 2003 le Maire de Paris (Voir plus haut page 44).