La Samaritaine

    2015     Texte de Daniel Morales en Français ou en Anglais
    2014     J'ai honte d'être architecte, Une décision historique, Droit de réponse et Une dernière victoire!
    2013     Blocage des travaux
    2012     Hommages à Remi Koltirine
    2011     Casserole de la concertation

2015

Communiqué des associations dans l'affaire de la Samaritaine : Paris dépourvu de protection !

 

Le projet de la Samaritaine   -   l'érosion lente du caractère de Paris
Texte en Anglais
Il est difficile de croire que ceci se passe à Paris, parce que le plan de masse du projet qui doit remplacer les bâtiments détruits de la Samaritaine est à peine différent de l'original, au contraire de ce qui se passe à Washington où toujours plus de hauteur est réclamée. Le projet pourrait être excusable s'il s'agissait d'un site marquant comme le Centre Pompidou, mais dans le tissu de la rue de Rivoli, la dissonance est bien plus apparente. C'est le goutte-à-goutte de l'érosion du caractère de la ville, qui pourrait apparaître peu important s'il se produisait ici et là, mais qui atteint un point de basculement lorsque l'âme d'un lieu disparaît, comme cela est arrivé à tant de centres-villes américains.
Considérant le bâtiment voisin, de belle apparence début 20ème, il est étrange qu'un remplacement strictement haussmannien n'ait pas été proposé. Mais cela est un produit de notre endoctrinement architectural actuel qui affecte tous ceux qui ont des prétentions progressistes, même s'ils choisissent de vivre eux-mêmes dans une maison traditionnelle dans une ville traditionnelle. Je ne suis pas sûr que les architectes l'aient voulu, mais le projet ressemble au fantôme d'un immeuble mort...
Daniel Morales, architecte et designer à Washington DC, USA.

2014

 

Aujourd’hui, j’ai honte d’être architecte.

(La Samaritaine – 16 octobre 2014)

(La cour administrative d'appel de Paris a autorisé jeudi 16 octobre la reprise du chantier de rénovation du grand magasin la Samaritaine, c'est-à-dire la poursuite de la destruction des immeubles anciens)

Paris, qui pouvait encore constituer une fierté pour notre pays, sa culture, sa diversité, ses échanges… devient la vulgaire proie de quelques lobbies affairistes.

En son cœur, à sa périphérie, se développent d’immondes projets, carcasses d’acier ou de béton, vulgaires, mal conçues, sans beauté ni constructive ni architecturale, et qui coutent si cher aux contribuables, puisque nous ne parlons plus d’habitants.

La ville, bien communautaire par essence, est devenue le terrain de chasse des promoteurs, ou des politiques qui se substituent à eux, pour construire, à la place de dix immeubles, un bloc administratif, commercial, voire prétendument social. L’essence de la ville, autrefois terreau de la démocratie, de la multiplicité des acteurs et de leurs propositions, est devenue le champ de bataille de quelques grands groupes d’influence qui, à force d’argent, public ou privé, se disputent la mainmise sur les habitants, leurs biens, leur pensée même… Ils achètent les terrains, effacent les parcelles, et créent des " ensembles " spéculatifs, qui, poussés aux extrêmes, deviennent des " gated communities ".

C’est une honte pour moi de voir quelques uns prétendre nous représenter (sans nous consulter), l’Académie d’Architecture, le Conseil National de l’Ordre des Architectes, des groupes d’architectes orgueilleux et affairistes groupés en pétitions, pour nier à ce point la ville, son histoire, ses éléments constitutifs, au nom d’une " modernité " qui est devenue une arme vengeresse, culpabilisante et totalement idéologique, pour détruire et reconstruire à sa guise, selon ses petits fantasmes.

Ces personnes s’inscrivent à merveille dans un capitalisme affairiste débridé, qui vise à produire des objets puérils, précaires, renouvelables tous les vingt ans, quand ils ne sont pas périmés avant d’être terminés. Cela est souvent le cas aujourd’hui. " Il faut absolument être moderne " ? Aujourd’hui, il ne faut absolument plus être modernes, ou alors il faut redéfinir le sens de ce mot; la phrase a été vidée de son sens ; elle est devenue propagande et marketing.

Aucune de ces personnes qui poussent des cris d’orfraies quand un bâtiment " moderne " choque les habitants n’a développé une quelconque réflexion urbaine, étant entendu que l’architecture n’a en fait aucune importance, et que ce qui compte, c’est la " ville " ! Or, qu’advient-il aujourd’hui, de la ville ? Les mêmes architectes sont à l’origine des quartiers morbides de Tolbiac-Masséna, des Batignolles, etc. Plus personne ne dessine de la ville ; on dessine des " blocs ", même pas agencés entre eux. Quand j’ai dessiné une proposition urbaine appliqué au quartier des Batignolles, je me suis entendu dire que " les promoteurs n’en voudraient pas " !

Que disent-ils sur la ville ceux qui la font aujourd’hui? A ma connaissance, rien. En dehors de quelques questions formelles, parlent-ils de la propriété du foncier, de son prix, de la division parcellaire, des éléments historiques constitutifs de la ville, des espaces publics, de la pluralité sociale et fonctionnelle des quartiers, etc. ? Non, l’œil en coin ( 1), ils surveillent l’approbation du promoteur, dont Emir Kusturika nous disait déjà que son souhait évident était de détruire la ville (pour la reconstruire à l’infini et multiplier ses profits)… Que pensent-ils de toute cette superstructure administrative et commerciale qui gère les bâtiments et les espaces extérieurs, leur entretien, leurs charges, sans contrôle des habitants, et à leurs dépens financiers ? Qui paye aujourd’hui les rues trop larges, les " espaces de nature " surdimensionnés, la quincaillerie urbaine proliférante? Le principe de la ville ne consiste-t-il pas à grouper les habitants et à minimiser les frais communs ?

Nous sommes dans une surenchère où chacun, pour gagner sa croûte, oublie l’intérêt commun et défend sa propre peau. La rivalité bat son plein ; chacun promet demain un monde meilleur, une architecture différente. Il est évident que tout ceci est mensonger, et frise le ridicule.

Pour terminer, je reviendrai un instant sur la polémique suscitée par le bâtiment de SANAA rue de Rivoli. Lequel, parmi les architectes cités plus haut, s’est rendu à la conférence en 2011 organisée par Jean-François Cabestan sur ce sujet, en présence de Madame Sejima (2) (SANAA) ? A ma connaissance, aucun. J’y étais. J’ai pris la parole plusieurs fois, questionné Madame Sejima, en toute amabilité. Si je n’ai pas eu les réponses à mes questions, j’ai pu les énoncer. Nous aurions gagné à être plus nombreux, et à écouter les très belles interventions de Bruno Reichlin et Alexander Tzonis sur la ville, son histoire, son archéologie.

Luc Dupont, architecte,

le 16 octobre 2014

( 1)       Visionner la conférence " La hauteur à Paris " du 29 octobre 2003 sur le site du Pavillon de l’Arsenal

( 2)       Les japonais accordent traditionnellement la plus haute importance aux objets et bâtiments anciens, qu’ils entretiennent et réparent avec le plus grand soin. Leur âge, leur patine, ne font qu’accroître leur valeur à leurs yeux. C’est en partie pour cela qu’ils aiment Paris. Il est navrant qu’une architecte japonaise n’en ai pas tenu compte…

 

UNE DECISION HISTORIQUE
Depuis des années, nous avons répété que défendre le patrimoine de Paris ne consistait pas seulement à protéger des "monuments " mais qu’il fallait protéger les ensembles et veiller à l’homogénéité de Paris.
Nous avons toujours souligné que nous refusions le pastiche et que nous étions ouverts à l’architecture contemporaine à condition qu’elle soit en harmonie avec son environnement. Nous refusons l’architecture de rupture, même quand on prétend nous l’imposer sous prétexte que son auteur est un grand architecte mondialement connu.
A ce titre nous avons maintes fois fustigé le déplorable immeuble de la Banque Postale qui en plein 7° arrondissement vient rompre l’unité de la rue de Sèvres.
De même depuis des mois nous luttons contre le projet de la Samaritaine rue de Rivoli qui, au cœur du Paris historique, est tout aussi incongru. En association avec la SPPEF nous avons entrepris des recours juridiques et après bien des péripéties nous venons de remporter une grande victoire : Le tribunal administratif vient de se prononcer sur le fond et a annulé le permis de construire au motif que le projet architectural est "en dissonance" avec son environnement.
Bien sur le dossier n’est pas fermé et nous constatons avec regret que, n’ayant pas obtenu en référé une suspension des travaux, l’ilot concerné est d’ores est déjà largement démoli. Mais les promoteurs devront revoir le projet qu’ils voulaient imposer. Nous voici confortés dans notre combat pour une évolution de Paris respectueuse du passé. Espérons que ce jugement fera jurisprudence.
Olivier de Monicault,
Président de SOS Paris

*         *         *

 
Droit de Réponse de l’association SOS Paris à l’article du Monde
PARIS DANS LE FORMOL
 
Dans le Monde du 23.05.14, à propos du projet de la Samaritaine, Michel Guerrin a stigmatisé les associations protectrices du patrimoine parisien, qui selon Jean Nouvel, seraient plus soucieuses de défendre des intérêts personnels que collectifs.
Nous ne pouvons laisser sans réponse cette insinuation. L'association SOS Paris, fondée il y a 40 ans, de même que la SPPEF avec qui nous sommes associés dans le combat du projet de la Samaritaine, n'est liée à aucun parti politique et ne défend aucun intérêt privé : nous défendons l’intérêt général. Le patrimoine est une ressource non renouvelable et nous refusons que notre génération soit celle qui aura laissé défigurer Paris. Mais nous avons également à cœur de conserver à Paris sa vitalité.
Le Paris d’aujourd’hui illustre la coexistence de constructions échelonnées sur des siècles. Il s'en dégage pourtant une homogénéité et une harmonie qui sont ses caractéristiques. C’est pour cette raison que Paris est tellement apprécié.
L'architecture contemporaine peut prendre place dans l’histoire de l’architecture parisienne, mais elle doit impérativement être conçue en fonction du cadre dans lequel elle s'insère.
Quelle que soit la renommée des architectes et la qualité de leurs projets (d’ailleurs soumis aux aléas de la mode), nous refusons toute architecture de rupture et plus particulièrement au cœur historique de Paris.
C’est très exactement la motivation du jugement du Tribunal administratif de Paris qui a annulé le permis de construire du projet de l’îlot Rivoli de la Samaritaine.
Olivier de Monicault,
Président de SOS Paris
Télécharger cette lettre

           Téléchargez   le jugement du 13 mai 2014.

 

UNE BELLE VICTOIRE POUR LES DEFENSEURS DU PATRIMOINE
DANS L'AFFAIRE DE LA SAMARITAINE !
24 février 2014
Le Conseil d'Etat a examiné aujourd'hui le pourvoi formé par la SPPEF, SOS Paris et un riverain contre les ordonnances du Tribunal
administratif du 4 juillet 2013 : leur demande de suspension des travaux de démolition de la Samaritaine avait été en effet rejetée pour une question de forme, sans juger sur le fond. Le rapporteur a conclu en faveur de l'annulation de ces ordonnances, rendant possibles une nouvelle demande de suspension du chantier et une victoire sur le fond, qui sauveraient les façades subsistantes sur la rue de Rivoli. En effet, ce pourvoi n'étant pas suspensif et ayant été examiné au bout de sept mois, la Samaritaine a pu poursuivre légalement ses travaux de démolition. Tous les Parisiens peuvent aujourd'hui voir ce dramatique chantier en plein cœur de Paris, qui rappelle les tristes destructions des années 1970 et pourrait constituer un fâcheux précédent. La rue de Rivoli, typique du Paris du XIXe siècle, est gravement menacée dans son harmonie, au profit d'une architecture commerciale banale. Le combat continue donc !
Arrivée, le 23 mai 2014 au matin, des sept palettes d'archives de la SPPEF données aux Archives nationales.
Émotion lors de l'attribution de notre "cote AN" : le "205 AS", AS comme association. Émotion aussi à l'ouverture de certains cartons et notamment de celui consacré à l’exposition des "Trésors du quartier des halles", tenue en février 1968.
Ces photographies de Roland Liot, conservées sur leur support en contreplaqué, avaient permis de sauver l'essentiel de ce quartier de Paris promis à la démolition...
Un grand merci à Joël Chazal, notre délégué pour l'Isère, d'avoir assuré jusqu'ici la conservation de cette volumineuse mémoire !

 

Articles de presse

 

2013

LES OPPOSANTS AU PROJET DE LVMH NE DESARMENT PAS :
Article dans Challenges de Thiébault Dromard 17/07/2013.
Blocage des travaux à la Samaritaine :   Article sur Fashion United
Autre article, sur Fashion Mag.com : Rénovation bloquée à trois jours du lancement
 

 

2012

 

La perte de notre ami Remi Koltirine nous affecte et nous peine profondément. Il était membre et administrateur de SOS PARIS depuis de nombreuses années et avait mis au service de notre association ses compétences et son dévouement à la cause de l'urbanisme et de l'architecture.
Ci dessous texte de l'intervention qu'il avait faite lors de la Casserole de la concertation de 2011.

 

2011

Grand prix de la casserole parisienne
Mardi 31 mai 2011

LA " SAMAR " HAUTAINE

Constat des lieux :
Il y a quelques années le groupe LVMH envisage de racheter la Samaritaine. Pourtant, ce groupe exclusivement tourné vers le luxe n’a pas vocation à gérer un grand magasin.
Des équipes d’architectes et d’ingénieurs travail sur la faisabilité de restructuration du volume des magasins 2 et 4 pour une surface de 77 597 m . Nous n’avons pas les conclusions, mais étant architecte et ayant déjà réalisé des études de ce genre je peux vous affirmer qu’ils ont conclu :
- Présence d’amiante dangereuse pour le public et surtout pour le personnel ;
- Bâtiments totalement hors norme vis-à-vis de la sécurité incendie. Il est possible de faire des travaux de mise aux normes pour conserver la vocation de grand magasin mais en perdant entre 3 000 et 5 000 m  de surface.
- Vu la taille des plateaux, avec les trois quarts des surfaces sans lumière directe, il est impossible de changer la destination des lieux sans modifier en profondeur la disposition des bâtiments. Il faut retrouver des façades et pour cela créer une cour intérieure. Alors dans ces conditions toutes destinations deviennent possibles.
Problème :
- Quelques propriétaires indépendants occupent encore des immeubles des 17ème et 18ème siècles… Très gênant ! (A force de pression et d’intimidation il doit être facile de s’en débarrasser). Il faut également envisager de trouver des argumentaires pour minimiser l’avis des Architectes de Bâtiments de France.
- Le PLU de Paris impose la conservation de la totalité de la surface en " grand magasin " ;
- Créer une cour intérieure fait perdre plus de 20 000 m  de surface exploitable, ce qui déséquilibre le bilan ;
Pour retrouver de la surface, ne pouvant toucher aux bâtiments classés, on peut surélever les bâtiments sur la rue de Rivoli mais un filet de hauteur empêche cette surélévation en limitant la hauteur de la corniche à 18 mètres comme sur le bâti de Napoléon 1er, de Napoléon III, de la troisième république et du PLU actuel. De plus un cône de visibilité sensé protéger la vue du Louvre depuis l’Arc de Triomphe est largement tronqué.
 
Est-il envisageable d’obtenir une dérogation ?
Le président de LVMH se tourne vers son directeur de la stratégie, Christophe Girard, pour l’interroger sur le fait que la Ville puisse voir d’un bon œil une révision possible de son PLU pour la bonne cause. Celui-ci, répond qu’il peut poser la question au maire, puis exécute une pirouette, tourne sa casquette et répond qu’en tant qu’adjoint au maire de Paris il pense que, moyennant quelques aménagements, la chose est envisageable. Le directeur de la stratégie propose alors de faire une demande de changement d’affectation sans contrepartie ; l’adjoint au maire manque de s’étouffer, s’offusque, se rebiffe et oppose un refus catégorique ; le directeur de la stratégie propose de caser quelques logements sociaux ; l’adjoint au maire suggère d’y adjoindre une crèche.
Et voilà le projet viable, on propose un grand hôtel de luxe, un complexe de conférence, d nombreux bureaux, 7 000m² de logements sociaux et une crèche. … oui j’allais oublier tout de même, un grand magasin… il faut bien trouver une utilisation aux rez-de-chaussée ! Il ne suffit plus que d’acheter les bâtiments et de réviser le PLU. Vous voulez que je vous raconte ce qui s’est passé après ?
Mais comment engager le processus qui doit aboutir au changement d’affectation ? LVMH ne peut pas dire j’ai acheté un grand magasin mais en fait il ne plait pas j’ai d’autres ambitions.
Alors, peu après l’acquisition, une commission de sécurité passe pour vérifier l’état des bâtiments. Hors ce type de commission ne passe jamais. Jamais…, sauf sur demande expresse du maire ! Etonnant non ? La suite vient de vous être décrite à la virgule près.
Aujourd’hui, après une concertation déclarée par la ville sur son site Internet de " réunion d’information " sic, le nouveau PLU est voté, ouvrant un boulevard de rentabilité à LVMH.
Remi KOLTIRINE, SOS Paris.
Interview du Pelerin (archive sur le site d'ACCOMPLIR)
Rejoignez-nous, nous avons besoin d'adhérents actifs pour lancer l'alerte à temps!
Cotisation donnant droit à notre bulletin trimestriel : 50 €. /an.
Membre bienfaiteur : 100 €. ou plus.
Etudiants et chercheurs d'emploi : 10 €.
Pour écrire et envoyer vos chèques : S.O.S. Paris 103, rue de Vaugirard,  75006 PARIS
ou utilisez PayPal pour payer en ligne .   .   .   .     Adherez à S.O.S. Paris !